Mercredi 23 au dimanche 27 avril 2008, au temps des Califes III / la Route de Washington Irving

Cliché MTP.

 Je suis allé de surprise en surprise. Encore une fois, il est vraiment rare que je puisse disposer du temps de parcours nécessaire, du moins dans les années récentes : trop de pression, trop de sujets à la fois pour avoir la possibilité d’approfondir. 

Durant la journée de samedi, le temps s’est vraiment unifié. Pratiquer l’aller et retour Grenade – Séville en retenant deux arrêts majeurs : Carmona et Séville même, laissait l’esprit et le regard se faire à un autre paysage et à s’exercer à mieux comprendre les grands axes de civilisation et de circulation.  

Cliché MTP.

De fait, la route doit être parcourue dans le sens inverse, telle que nous l’avons redécouverte au retour, à la manière dont le diplomate nord-américain natif de Manhattan Washington Irving l’a décrite dans la première partie du XIXe siècle, avant de rédiger les « Contes de l’Alhambra » qui ont ouvert une grande époque de la vision exotique et romantique de l’Andalousie, pour le monde anglo-saxon.  

Cliché MTP

Pour une grande part, je pourrais redire, à peu près dans les mêmes termes que pour la Route du Califat, les superpositions romaines, musulmanes, mudéjares, gothiques ou baroques dont nous héritons aujourd’hui dans un syncrétisme un peu curieux, si on ne prend pas le temps de s’installer dans la connaissance du message multiculturel que la route même délivre.  

Des oliveraies prédominantes, le paysage passe par des barres calcaires où les villes et villages se sont installés, avant d’atteindre une campagne encore verdoyante à cette saison où la production d’asperges est en cours, cette campiña sévillane où les horizons se percent dans le cours du Guadalquivir. 

A vrai dire si ma surprise est grande, elle tient surtout à une meilleure compréhension topographique. Je connaissais Grenade, de plusieurs voyages et avec plusieurs guides, et parmi les meilleurs. J’y avais même conduit Pascale Lismonde, après Barcelone, Valence et Murcie, qui en a utilisé les sons et les odeurs, comme les voix, pour ses émissions radiophoniques sur la soie. J’avais découvert Séville dans l’été de l’exposition universelle avec mon fils Florent. 

Mais quand les interstices d’un territoire sont vides, rien ne prend vraiment racine dans la mémoire. Et je vois bien que si je rassemble mes souvenirs de Séville, j’avais gardé une image forte de la cathédrale et de son minaret, et surtout de l’île de la Cartuja, où se déployaient tous les trésors de l’Espagne, avant même les pavillons du monde entier. Mais l’Alcazar était sorti de ma tête, comme ses jardins, ses miroirs d’eau et ses céramiques. 

Alcazar de Séville. Cliché MTP.

Séville a pris une ligne de conduite très touristique. Consolidant ce que l’Espagne de Felipe Gonzalez lui avait apporté, à part cette exposition grandiose, le train à grande vitesse et pas mal d’argent européen, elle adopte aujourd’hui une politique douce, faite d’un tram silencieux et de vélos en libre-service, tandis que les parkings périphériques concentrent les voitures. 

Séville aime les touristes et a réussi, semble-t-il à les apprivoiser, n’ayant pas les mêmes possibilités que Grenade de les répartir dans des quartiers diversifiés ; elle gère donc leur désordre en le canalisant et en gardant ses cafés intacts. 

De Carmona, Kar-Hammon punique, avant l’Alcazar de Arriba, je garderai le désir de revenir. Le temps d’un long repas tardif, j’ai surtout admiré, une fois de plus, la manière dont les Paradores espagnols, ces hôtels d’état installés dans le patrimoine, constituent un exemple assez unique en Europe. Le gérant nous en a longuement entretenu en soulignant son accord avec la Fondation Al-Andalusi.

Celui de Carmona s’est intégré dans une forteresse arabe du XIVe siècle, placée à l’exact croisement des routes historiques dont pouvaient venir toutes les conquêtes. Les photographies et de la perspective et de l’intériorité raffinée de cette grande forteresse, parlent seules.  

Forteresse de Carmona.
Alcazar de Carmona. Cliché MTP.

De ce fait, on peut revenir sans autres commentaires aux textes originaux de Washington Irving :

« As our proposed route to Granada lay through mountainous regions, where the roads are little better than mule paths, and said to be frequently beset by robbers, we took due travelling precautions. Forwarding the most valuable part of our luggage a day or two in advance by the arrieros, we retained merely clothing and necessaries for the journey and money for the expenses of the road, with a little surplus of hard dollars by way of robber purse, to satisfy the gentlemen of the road should we be assailed.

Unlucky is the too wary traveler who, having grudged this precaution, falls into their clutches empty handed: they are apt to give him a suinc ribroasting for cheating them out of their dues. “Caballeros like them cannot afford to scour the roads and risk the gallows for nothing.”

L’auteur en compagnie de Manuel Peregrina

 

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