




Fresques de Domenico di Bartolo
Intervention de William Pettit, ville de Canterbury
Repas du pèlerin
Riccado Nencini, Président du Conseil de la Toscane devant la vidéo de Francesco Rutelli à Monteriggioni
Je reviens un peu en arrière. A la fois parce que je dois remonter le temps vers cette fin de semaine de novembre où je suis revenu à Sienne, mais aussi pour reprendre le fil des rendez-vous précédents avec cette ville, rendez-vous qui ont été nombreux.
Entre temps, les plaisirs de la politique française m’ont obligé à sortir de ma…appelons cela « réserve », mais en prenant le sens de ce terme dans ce qu’il signifie de plaisir d’arrière boutique ou de cave à vin. J’ai en effet laissé s’exprimer une sorte de raz le bol qui avait mûri en barrique, vis à vis d’une mise en scène qui réduit la politique à du théâtre de marionnettes. Mais au fait, j’avais déjà parlé de Guignol au moment de l’essai de passage en force du CPE il y a un an et demi, au moment où ce que vivait ma fille étudiante m’a furieusement ramené vers des souvenirs de 68 encore très présents. Je ne suis pas si heureux d’avoir eu raison de lui montrer le théâtre d’ombres qui se préparait et d’avoir pressenti que ce futur Président méprisait autant les jeunes qui le remplaceraient que les aînés qui auraient dû lui apprendre le doute.
Cette fois, il s’agissait de revenir à Sienne pour affirmer les positions politiques d’une Institution car en ce qui concerne l’itinéraire de la Via Francigena, que j’ai déjà évoqué par ailleurs, de Canterbury à Rome, de Rome à Florence, de Florence à Sienne, justement et de Sienne à Vercelli, chaque mois apporte son évolution et ouvre des chausses trappes. C’est la rançon du succès.
De fait j’ai manqué un épisode important. Mais après les semaines intenses du Puy-en-Velay et de Saint-Jacques et avant Saint-Jean d’Angély, il était inenvisageable que je fasse un aller et retour d’une journée à Monteriggioni. Le 29 octobre, je n’étais donc pas là, mais en transit au Luxembourg, pour revenir en France. Pourtant, et c’est mon grand regret, pour la première fois, un panneau concernant les itinéraires culturels a été inauguré par un chef de gouvernement et un vice-premier ministre, ce jour là.
Romano Prodi et Francesco Rutelli ont pris le temps de se déplacer très symboliquement dans cette petite localité fortifiée de Toscane, aux abords de Florence et au voisinage de Sienne pour signifier que le tracé serait mis en place en descendant vers Rome et en remontant vers le Gothard.
Acte politique qui vient de loin, du temps de la campagne électorale, fin 2005, quand l’ancien Président de la Commission Européenne avait déclaré prioritaire la redécouverte des voies de pèlerinage installées sur les anciennes voies romaines, dont ce parcours de Sigéric, trait d’union entre l’île anglaise et le centre de la Papauté.
Du coup, les différentes composantes politiques de la Toscane se sont mises en marche. « Il faut une conférence. Il faut marquer le coup » ont du se dire les élus. Il est vrai que pratiquement un tiers des kilomètres de l’itinéraire sont situés en Toscane.
C’est à la bonne volonté et au courage d’un élu vert du Conseil Régional, Mario Lupi que l’on doit l’organisation un peu tardive de cette réunion à laquelle j’ai été convié. Même tardive, le lieu choisi était parfait. La salle du « Pellegrinaio » (des pèlerins) de Santa Maria della Scala est certainement le lieu le plus symbolique d’Europe en matière de pèlerinage. Cet Hôpital issu du XIIIe siècle qui accueillait les pèlerins au cours de leur marche vers Rome pour les réconforter, les laver, les soigner, les épouiller et les épauler dans la confirmation de leur Foi s’est vu représenté dans une sorte de miroir de son activité principale et historique.
Domenico di Bartolo peint en effet en plein milieu du XVe siècle une fresque qui témoigne de l’activité inlassable d’un lieu qui ne quitta définitivement son activité hospitalière qu’en 1992, tandis que la littérature italienne y laissait une dernière marque en y accordant quelques dernières heures de vie à Italo Calvino, un peu auparavant, en 1985.
Passer deux journées ou presque dans cette salle où les politiques comme les scientifiques, souvent de connivence, sont venus poser leurs cartes, tenait de la magie.
Et une fois de plus, comme en février au Palazzo Vechio, sous le regard des philosophes, comme dans l’hôtel de Ville de Sienne en mars, au plus proche de la représentation du « bon gouvernement », les fresques jetaient un regard étrange sur les combinazione d’un secrétaire d’Etat aux politiques agricoles, de bonne volonté et un peu populiste, d’un Président de Région mal à l’aise de devoir reconnaître, en me saluant dans son discours, que la Via Francigena est devenue un axe structurant de la Toscane, alors qu’il a essayé de me persuader du contraire il y a trois ans, pour m’assurer que chaque parcelle du territoire devait être concernée par le tourisme. On était alors à un an des élections régionales !.. et d’un nouvel assesseur à la culture et au tourisme de la Région qui a compris qu’il va enfin falloir sortir du tout Florence, mais sans obligatoirement passer par le plus petit village, alors qu’une épine dorsale traverse aujourd’hui la Toscane pour ordonner une offre magnifique et un nouveau visage touristique.
Mais laissons là la politique. Je dois m’en accommoder par ailleurs et faire en sorte que chacun travaille à sa place. Je rendrai cependant une fois de plus hommage à Donatella Cinelli Colombini, impératrice du trekking urbain et productrice d’un chianti magnifique, qui préside comme adjointe au tourisme de la ville aux grandes cérémonies du pallio et veut offrir à ceux qui tombent amoureux de sa ville l’humilité que l’on sait découvrir en contournant le corps central du labyrinthe historique, pour apprécier les échappées sur les collines environnantes.
Cet hôpital est en effet unique par sa taille…une rue passe en plein milieu pour ressortir en contrebas dans le fossé de San’t Ansano. Les pièces ou plutôt les salles sont nombreuses, multipliant à l’infini l’impression d’un enfer ou d’un paradis, voire plus sûrement d’un purgatoire, où la religion se gagne ou se perd selon le trajet que l’on emprunte.
Devenu musée et ayant inauguré une politique très inventive de dialogue avec les publics jeunes et plus âgés, pour retrouver l’esprit de la vie du pèlerin, à l’intérieur des murs et dans le parcours urbain, ce lieu d’agora plus que de pouvoir, a acquis une fonction de fascination, sans perdre son caractère pédagogique, ni son pouvoir de refuge.
« Je considère Florence comme une manière d’occuper un espace du monde, limité mais unique, et de l’organiser, de la même façon qu’une langue, catalogue des possibles rhétoriques, est organisée en une syntaxe » écrit Giorgio Manganelli. Si Florence est justement une ville qui exige d’être regardée, Sienne est une ville qui exige d’être habitée. Il ne faut pas être impressionné par la robustesse de l’hôpital, mais en saisir le rôle de protection, au centre d’un rnoyau urbain, mais surtout au centre d’un réseau de production fait de fermes fortifiées dispersées sur le territoire, du côté de Monteriggioni justement ; là où des paysans préparaient toutes les matières premières pour cette ville dans la ville où un clergé laïc concevait son rôle au service de Dieu, comme celui d’un hôtelier au service de Sa création et de Ses créatures.
Entre les élus d’aujourd’hui qui convoitent un territoire, en ayant du mal à en percevoir la dimension européenne autre que dans l’intégration et la fusion de l’Europe des Lorraine dans l’œil protecteur des collines millénaires de la Toscane, dans une sorte de digestion locale et provinciale en quelque sorte, et ces hommes d’églises qui soignaient chaque jour une Europe en marche en épuisant les greniers de ces mêmes collines pour le bien de tous les amoureux de Dieu, la sécularisation a eu lieu.
Il y a des jours où on regrette la disparition des hospitalités ou du moins de ceux qui en détenaient la clef.