


Vues du Puy-en-Velay et vitrine du trésor de la cathédrale
Après avoir observé le début de la nouvelle Présidence française, j’avais envie d’intituler cette réflexion qui est restée de côté depuis plus d’un mois « Le Président et les survivants » dans la version la plus optimiste et « Le Président et les moribonds » dans sa version la plus pessimiste ou bien encore « Le Président et les agonisants » quand j’écoute la langue de bois de mes amis socialistes.
Au retour de Sicile, je me suis rendu au Puy-en-Velay pour participer à une conférence de presse qui visait à informer Le Puy et la Haute Loire de la préparation d’une réunion destinée à la fois à célébrer vingt années des itinéraires culturels, à tenter d’assurer une meilleure coordination des chemins de pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle, ce premier itinéraire européen qui dérive au gré de son succès. Dans la préparation de cette réunion, l’Institut que je dirige jouera un rôle bien entendu modeste, mais important, celui de tenter de réunir tous les acteurs, depuis le domaine de l’imaginaire, jusqu’à celui de la gouvernance et ceci en prenant en compte toutes les dimensions européennes.
Une utopie nécessaire. Une de plus ?
La conférence de presse a eu une grande vertu, celle de permettre aux journalistes de pouvoir dire que sur le plan régional, toutes les parties prenantes étaient réunies. Si j’insiste sur ce besoin d’unanimité, y compris le consentement de l’église, qui fait partie du travail quotidien des itinéraires culturels, quel que soit le territoire concerné, c’est que je suis arrivé au Puy au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle. Je m’attendais à une sorte de radicalisation par rapport à la défaite qui s’annonçait. En fait, je comprends bien que ce soit plutôt de l’équilibre politique local dont il était question. Il reste un an avant le prochain affrontement municipal et l’analyse porte d’abord sur la place que va occuper le centre, dans sa mouvance, son éclatement, ses incertitudes entre droite et gauche.
Est-ce que le temps sera suffisant pour que ce centre là entame plus qu’un dialogue avec le parti socialiste ? J’entends bien les affres de ce début de dialogue, dans le retour en voiture, qui me laisse en grande partie à l’écoute inquiète de France Infos et de France Inter. Kouchner en direct. Il se réjouit d’une petite phrase de la candidate dont il se prétend un des conseillers, en direction du centre. « Enfin le courage du dialogue » dit-il. On sait maintenant que ce dialogue, dont plusieurs consciences du Parti socialiste se sont chargés : Rocard, Delors…ne dépassera pas l’organisation d’un débat de contrebande le samedi suivant entre Madame Royale et Monsieur Bayrou.
Qu’on me pardonne, mais je n’arrive pas très bien à comprendre pourquoi il n’y a pas eu de big-bang. Réticence totale des cadres du parti socialiste et dérive droitière du parti de Monsieur Bayrou, prise de la peur d’une absorption ? Peur de Monsieur Bayrou lui-même de disparaître après avoir joui du plaisir de quelques semaines d’une existence éclatante. Du coup, on attendra. Et je ne sais que croire au moment où je remets ces notes en forme, en connaissant le résultat des élections et la grande débandade, à gauche, dans la préparation des suivantes. Est-ce que Ségolène Royale, qui semblait avoir compris le 6 mai qu’il fallait bouger tout de suite dans un mouvement d’alliance, et qui a mis plus de trois semaines à reprendre sa liberté de ton, est sincère en disant aujourd’hui, au début juin de François Bayrou : « Il aurait dû fusionner, il aurait eu Matignon…Je ne sais pas comment le PS aurait réagi mais l’opinion aurait suivi, les Français auraient adhéré, c’est la rénovation qu’ils voulaient…A un moment l’histoire passe, il faut la capter. Il a manqué d’audace. »
Si le propos est vrai, il montre que Madame Royale a beaucoup appris. Mais j’entends bien dans ses propos une fin de phrase qui ne vient pas : « et je n’avais pas encore assez de liberté et de distance par rapport à mes amis socialistes, pour le convaincre d’avoir cette audace là…Je n’ai pas pu faire preuve de plus d’audace, moi aussi. Je vais me rattraper ! »
Le fait de m’être trouvé en Sicile lors du week-end de la grande décision de création du parti démocrate italien m’a forcément aidé à mieux comprendre la situation française, simplement en comparant les deux pays qui, dans une certaine mesure ont vécu des situations très parallèles, à partir du moment où le régime du Duce est tombé.
Parallèle de la Libération, parallèle des alliances entre droites et gauche résistantes, vite dissoutes. Ce n’est pas pour rien si bien des villages français se sont sentis concernés dans les années cinquante et soixante par les querelles de Don Camillo et Giuseppe Botazzi dit Pepone. J’ai fait la queue devant le Gaumont Palace pendant des heures avec mes parents le dimanche après-midi pour voir toute la série de ces films qui pouvaient se comprendre, même dans ma banlieue de prêtres ouvriers.
Fernandel et Gino Cervi qui ont immortalisé les héros des romans, étaient frères, comme leurs pays d’origine. Les communistes français et italiens ont vécu les mêmes drames de conscience et sont comptables de n’avoir pas su parler pendant longtemps de leurs doutes devant le stalinisme et les épisodes suivants du monde de l’Est et les démocrates chrétiens ont tout autant, des deux côtés de la frontière, perdu leur âme dans le combat politique et les dérives de la corruption, quand l’immobilier et les marchés publics étaient tellement nombreux et tellement tentants, dans l’économie florissante et la reconstruction.
Aujourd’hui en Italie, Peppone et Don Camillo sont toujours là.
Mais la France n’a plus vraiment de Démocratie chrétienne. Le Gaullisme l’a laminée, ou du moins l’a amenée à rentrer strictement dans le schéma que René Rémond, le remarquable historien qui vient de disparaître en avril, a popularisé et expliqué tellement souvent sur les trois droites françaises : légitimiste, orléaniste et bonapartiste. De fait, il n’a pas eu le temps de dire avant de mourir si le président qui s’annonçait serait du type bonapartiste, mais c’est pourtant bien le trait qui semble caractériser la méthode.
Quant au parti communiste français, il a lui aussi été laminé, mais d’abord dans son alliance sans saveur avec le parti socialiste, laminé par deux fois dans une « union de la gauche » qu’il ne pouvait éviter, sans avoir su mettre en avant le moindre message profond de changement, avec une re-fondation du bout des lèvres qui le laisse exsangue, sans espoir de retour.
En Italie Peppone est en effet toujours là, dans un parti communiste réformateur qui peut encore montrer les dents et menacer le gouvernement. On l’a vu en février. Mais ce sont des dents blanches, il est vrai. Et Don Camillo a gardé toute la force du poids que le Vatican exerce sur la société italienne en surface, dans la puissance et la variété des diocèses et la marque prédominante du patrimoine religieux et en profondeur, par des réseaux puissants. La Démocratie chrétienne, devenue Marguerite, peut cependant dialoguer avec un Centre Gauche qui respecte l’église et affirme sa tradition chrétienne ; et au-delà s’appuyer sur ce mouvement que Prodi a unifié sous le nom d’Ulivo, pour garder envers les nouveaux communistes des rapports de bon aloi, avec juste ce qu’il faut de combats :locaux pour ne pas donner prise à la critique des religieux les plus exigeants.
Dans un même gouvernement on trouve donc d’Alema, Prodi et Rutelli. Pour ne citer que les principaux maîtres du jeu qui s’opposent pour l’instant aux fanfaronnades de Berlusconi et sans oublier bien entendu l’importance du maire de Rome Walter Veltroni, allié de Prodi.
Lors de mon dernier dimanche en Sicile donc, Piero Fassino serrait dans ses bras Rutelli, qui embrassait à son tour Veltroni. Depuis, cette union entre, on dira en simplifiant centre gauche et centre droit, s’est donnée jusque mi-octobre pour naître officiellement sous le nom de Parti Démocrate. De l’autre côté, les verts et les communistes se consultent. Bref, une vie politique réelle, parfois chaotique, mais où l’analyse d’un besoin d’alliance stable semble pour l’instant résolue.
Et je dois dire que, très égoïstement, j’en profite, dans l’intérêt que l’alliance de Prodi et Rutelli marque pour les itinéraires culturels.
Voies romaines structurant encore aujourd’hui le territoire italien, mais les reliant au reste de l’Europe continentale, dans l’histoire des limes romains et dans la superposition des chemins de pèlerinage que Prodi évoquait avant les élections.
Ce n’est pas pour rien si le Ministre Rutelli est allé marcher sur les premiers kilomètres de la Via Francigena le 25 mai, à Canterbury, après avoir rencontré Tony Blair.
Un ministre de la culture, sac à dos, sur un itinéraire du Conseil de l’Europe, c’est une première, il faut le dire ! Je le dis avec une certaine tendresse, justement parce que je suis agnostique : Don Camillo peut-être content !
Et la France ? Je reprends ma phrase : si Ségolène Royale est trop longtemps prisonnière de son propre parcours au sein du Parti Socialiste, alors le Président qui rendra bientôt un hommage à plus people que lui, en enterrant « Le beau Serge » Jean-Claude Brialy disparu à l’adieu du Festival de Cannes, la France va contempler le beau Nicolas regarder les agonisants de la gauche proférer des mises en garde certes utiles, mais dont il pourra rire de toutes ses dents, elles aussi très blanches.
Mes admirations de 1981 sont moribondes, parfois momifiées en effet. Et le Président ne les trouve certainement pas assez people, même Jack Lang, pour commencer à préparer un discours à leur mémoire.
Il laissera leurs cadavres se décomposer et livrera celui de Chirac aux loups, si les juges ne l’ont pas dévoré d’ici là.
Le plus cynique a pris la tête.
La plus consciente doit encore sortir du cocon qui l’emprisonne.
Dans combien de temps l’homme du centre aura-t-il pris assez de rides et d’assurance collective pour mettre son intelligence au service d’un contre pouvoir nécessaire au sein d’un parti démocrate français trop vite fondé pour avoir été vraiment pensé ?
En attendant, je vais regarder l’Italie et travailler autant qu’il sera nécessaire avec ses hommes politiques.
« … Le sixième jour, Dieu accomplit son oeuvre et heureux d’avoir créé une telle beauté, Il prit la terre entre ses mains et l’embrassa. Là, où Il posa ses lèvres, est la sicile » (Renzino Barbera). La plus grande ile de la méditéranée (1 040 km de côtes sans compter les iles satellites); la plus méridionale et la plus vastes des 20 régions d’Italie. A 3 km du continent (détroit de messine), à 110 km de l’Afrique (détroit de sicile). Ile volcanique au relief montagneux, dominée par l’etna, le plus grand volcan actif d’Europe (3 350 m). La région comprend les petits archipels alentour : les Eoliennes, les Pégalies et Pantelleria. palerme est le chef-lieu de la région autonome. L’italien est la langue officielle, mais surtout le dialecte sicilien et aussi l’albanais à Piana degli Albanesi, sans oublier l’arabe dans la région de Mazara del vallo, où viennent de nombreux tunisiens. –> http://www.voyage-vacance.fr
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