Mercredi 28 février 2007, Strasbourg : Mozart et les autres…

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Cliché MTP

Il faut reprendre le fil de ces presque deux mois pour le moins précipités, au risque de se perdre et de perdre l’essentiel. 

De pas en pas, il y a eu des moments d’écriture. Mais d’une écriture de circonstance, pour des interventions où l’on peut au moins indiquer en quoi on continue de croire, tout en donnant l’impression que l’on parle au nom d’une administration.  

Une seule échappée le 24 mars m’a permis d’exprimer, sur cet espace en marge que m’offre Le Monde, que je n’étais pas complètement noyé. 

De la réunion du Réseau de Mozart à Strasbourg, en passant par de longues discussions avec ceux qui se sont associés de plus près à la démarche éditoriale du site, comme mes amis de La Via Regia ou des Routes de l’Olivier, pour suivre les méandres des défenseurs d’un projet de route du vin, puis pour accueillir sept nouveaux «lauréats», nombreuses ont été les occasions de parler et d’approfondir un discours qui se nourrit de cette profusion fabuleuse d’initiatives et de désirs qui se croisent dans la «Maison des Itinéraires culturels» que nous avons construite.   

Par contre, plus le temps passe, plus je ressens avec une douleur vraie la parole administrative quand elle se veut uniquement « de circonstance ».   

Il y a des formes de politesse qui sont nécessaires dans les enceintes où je travaille. Mais l’écoute doit venir en premier. Ce que l’on dit pour les assemblées doit certes constituer un condensé de la vie, mais peut-on oublier à ce point la vraie vie en pensant que ce contact avec le réel se ferait au détriment de la carrière ? La parole pour plaire ou la parole pour se plaire sont creuses. Mais elles tendent à devenir des modèles ambiants d’adaptation aux circonstances : surtout ne pas provoquer de réactions ! Surtout pas de question gênante !  

Et à vrai dire, ce ne sont pas les paroles politiques des candidats aux élections en France qui vont changer cette tendance profonde qui sert de modèle à tant de fonctionnaires avec qui je travaille.  

Peut-on demander à une administration de chercher autre chose que le consensus ? Je ne sais pas ! Mais entre les phrases adaptées aux événements des candidats, entendues plutôt qu’écoutées, en voiture, ou dans les échos lointains d’une radio que je ne peux souvent capter que sur Internet, et les demandes de prudence de l’administration strasbourgeoise avec laquelle je travaille, j’ai besoin de chair et de passion pour ne pas mourir.  

Est-ce trop confesser que durant cet espace de temps j’ai retrouvé, comme toujours cette liberté intacte et ce sentiment d’une conviction profonde chez Catherine Lalumière ou chez Ana Blandiana ? Ces femmes qui, dans le domaine politique ou poétique ont su donner leur opinion, sont couturées des combats qu’elles ont menés et des coups qu’elles ont pris, mais elles sont étrangement « intactes » et rayonnantes, prêtes à redire avec des mots simples qu’elles vivent parce qu’elles ont des convictions.  

Si les politiques, partout sur le continent, célèbrent l’Europe, tout en affirmant aussi souvent que possible des identités nationales, voire régionales, est-ce aux responsables des administrations européennes de recréer dans leurs cercles cette schizophrénie entre l’affirmation de valeurs qu’ils énoncent comme une leçon – parce qu’il le faut – et ces stratégies de contournement qu’ils appliquent en permanence ?  

Je pense que, rétrospectivement, c’est la leçon la plus saillante qui surgit quand je convoque dans mon souvenir toutes les réunions qui se sont déroulées durant cette période sans écriture.  

Les réunions, j’en compte des dizaines par mois. Celles qui viennent de se dérouler servaient à accueillir les nouveaux venus des nouveaux itinéraires, à leur recommander la prudence et le dialogue.

C’était aussi un moment d’observation. Pour eux, comme pour nous. Nous les regardons. Ils nous regardent. Certains nous font confiance. Certains comprennent que nous sommes situés à une articulation difficile entre l’explication de texte et l’expression de la passion. Quelques-uns continuent à nous considérer comme un passage obligé.  

La confiance, en effet, s’apprend ! 

Il était question de la présentation d’une nouvelle phase des itinéraires culturelles. Nouvelle puisque le Conseil de l’Europe le veut ainsi pour convaincre ses décideurs. Nouvelle aussi parce que les générations changent et que, dans cet équilibre géographique et humain mouvant qui se dessine avec l’entrée de l’art roman ou des pèlerinages vers saint Michel, ce sont des coordinateurs de trente ans qui prennent leur place.  Ils vont l’occuper au sein du monde des plus âgés, qui conduiront les chemins de Charlemagne ou les routes des migrations pour les années à venir, ou même de celui des ancêtres dynamiques qui, de leur retraite active, mènent une explication du passé d’ingénieur qui a été le leur dans l’industrie pour faire comprendre ce qu’ a été, il y a encore peu, le monde du travail. 

Le dialogue entre l’Autriche, la Hongrie, la Roumanie et la Slovaquie qui s’est établi sur les liaisons entre les patrimoines du fer est symbolique, par le matériau même qui sert de support, celui des rails, d’un ancrage territorial qui ne veut plus revenir sur les nationalismes antérieurs.

J’attends d’eux beaucoup…je dirais même tout ! 

Du partage de la passion pour la musique, à la découverte du chemin, entre les haies, des fresques surgies du passé avec leurs symboles d’organisation sociale, aux grands espaces urbains de représentation sociale. 

J’attends d’eux l’Europe ! Est-ce vraiment trop demander ? 

Et aussi souvent que possible, que nous parlions vrai, entre personnes « intactes ».

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