Mardi 22 avril 2008, Hasselt et Namur, détour par la Belgique

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Namur, entre briques et forteresse

Ici et là, avant de prendre l’avion, il faut parfois visiter un site inconnu. Je devais me rendre à un colloque de la Commission Européenne sur le tourisme, avant de rejoindre l’Espagne, tout en participant à une rencontre avec une société de nouvelles technologies à Hasselt bien nommée i-city. Atteindre la ville de Hasselt qui se trouve logée dans le Limbourg belge est d’une grande facilité depuis le Luxembourg, en traversant Liège, d’une grande platitude même, si l’on peut dire. Dans cette société dotée par la Région, la ville et une série impressionnante d’entreprises de pointe qui se sont certainement trouvées obligées de financer la recherche pour prouver leur volonté de contribuer au développement local de leur ville d’implantation, ont apporté un financement conséquent et un parc technologique constitue ainsi une vitrine de la ville. On s’y rencontre dans un rituel social terriblement éprouvant tant les horaires y sont découpés en tranches. 

Un instant, je me prends à rêver de ces nouvelles formes de parcours qui s’élaborent, ou plutôt qui s’évaluent ici ; mettant en communication permanente, par le biais des téléphones de nouvelle génération, les émetteurs et les récepteurs de connaissance, aussi bien que les récepteurs entre eux, engagés sur une route dont ils peuvent prévenir des progrès et des dangers, ceux qui les suivent. 

Combien de ces compagnies aurai-je rencontrées depuis dix ans, qui me prédisaient le plus bel avenir pour un web riche, pour un web interactif, pour l’importance des communications satellitaires, pour la proximité temporelle de la traduction automatique…enfin autant de balivernes que les gourous vendent sans les mettre en application et souvent sans les connaître. Leurs scénarios, rétrospectivement, se retrouvent sans queue ni tête, si toutefois chaque jour nous surprend.  

Depuis six ans maintenant nous nourrissons une base de données sur l’Europe, comme un enfant exigeant. Sa fréquentation, d’abord difficile est devenue plus que correcte, atteignant 1500 personnes dans les meilleurs jours. Nous l’avons doté d’une interface générale qui correspondait à la philosophie de 2002, puis nous en avons tiré la substance touristique grâce à des indexations de plus en plus précises, puis nous l’avons dirigée vers le tourisme culturel de la Grande Région qui entoure le Luxembourg. Autant de manières de se satisfaire de pouvoir puiser à la même source, en donnant à nos envies de plus en plus d’outils d’exploration et des présentations différentes. 

Mais six années plus tard, les gourous se sont remplacés les uns les autres et ce sont les nouveaux publics qui ont imposé une toute autre lecture et une toute autre utilisation de l’information et du contenu que celles qu’ils avaient imaginées. Il faut certes, aujourd’hui, de l’image et du son. Il faut certes l’autonomie de la diffusion avec des outils auxquels on attache sa propre vie. Mais est-on déjà arrivé au moment où le visiteur ne s’accorde plus aucun autre espace de surprise ? Se sent-il mieux s’il est auto guidé en permanence ? A-t-il besoin d’un fil invisible ? Ou bien, est-ce à l’envie, que les connaissances sont satisfaites ? 

Au-delà, combien peu travaillent sur la nature des informations elles-mêmes et sur la manière de les faire interagir. Les journaux et les magazines commencent à trouver des voies, parce qu’il y a encore, à l’arrière plan, la cohérence du journal imprimé, ou celle du journal photographique, qui restent des références suprêmes, mais pour combien de temps ? La survie de la presse semble pourtant à ce prix ! 

Chacun voit, pressent, ou tente de maîtriser le fait que tout est accessible, tout le temps et que les filtres de l’information ne sont plus que ceux des censures locales qui encadrent les bonnes mœurs ou les bonnes pensées politiques. Mais qu’est-ce que ce tout ; comment y accéder sans aide, comment éviter l’indigestion ? 

Nous avons la chance d’avoir un fil conducteur qui est le chemin. Un chemin matériel entre des lieux forts, à atteindre ou à relier, ou un chemin spirituel entre des sortes de paradigmes temporels, géographiques et historiques qui sont autant de moments de notre histoire ; la mémoire que nous voulons raconter parce qu’elle est encore à notre portée et dont je crois que nous avons besoin pour donner une base de mémoire à ceux qui ne peuvent même plus construire une citoyenneté cohérente. 

Les nouvelles technologies sont notre quotidien, mais nous ne les inventerons vraiment que dans un cadre d’usage, où ce qui compte d’abord, est le contenu. Si le média est le message, alors le média culturel et patrimonial, le média mémoriel doivent trouver le meilleur biais du message. Je crois qu’il s’agit plus d’un accompagnement attentif que d’un délire visionnaire…et pour l’instant je remplis les cases ; cela suffit. 

Mais pour ne pas lâcher les livres, dont le papier et la presse ont été des technologies puissantes et le sont toujours, je lis par petites gorgées un livre dont l’approche est finalement hypertextuelle et me donne l’envie de suivre une même ligne de conduite que son auteur, mais par le biais des chemins qui se construisent autour de moi. 

L’ouvrage s’intitule « Voyage d’un Européen à travers le XXe siècle ». Il est écrit par Geert Mak, un Hollandais qui a exactement mon âge et dont on me dit qu’il est journaliste et écrivain. Ce sont Marie et Peer qui me l’ont fait connaître l’an passé, mais si je l’avais acheté, il m’a fallu le temps d’y pénétrer. Ecrivain, il l’est par l’atmosphère qu’il sait donner aux villes et aux paysages qu’il traverse. Journaliste, il en a l’art du portrait. Mais j’ai envie de dire que ce livre est d’abord un vrai retour aux sources, que les archives qu’il explore soient livresques ou humaines.   

Son exploration est topographique puisqu’elle résulte de parcours physiques entre des villes européennes, mais elle est aussi synchronique car il s’agit pour l’auteur de trouver des césures qui ont découpé le XXe siècle en autant de tranches d’un gâteau, tranches horizontales qui superposent de grands malheurs et de grandes réconciliations et quelques espoirs.   

Qu’on en juge par deux exemples : Voyage de février : 1914-1918 : Vienne – Ypres – Cassel – Verdun – Versailles, pour terminer en décembre : 1989-1999 : Bucarest – Novi Sad – Srebrenica – Sarajevo. 

Mes chemins serpentent eux aussi à la fois dans l’espace et dans le temps. Mais du fait de leur résonnance territoriale, ils sont donc plus complexes. Je crois cependant profondément, au-delà des modes, que l’emploi intelligent des bases de données peut en permettre des niveaux de lecture multiples, mais toujours nécessaires à la construction personnelle. Geert Mak a compris que dans ce sens interactif, un site web – blog était aussi nécessaire. Malheureusement pour ceux qui ne pratiquent pas le néerlandais, seule une petite partie est traduite en anglais.  

A un moment, viendra pour moi le temps d’écrire le soubassement des chemins…tout ceci, accumulé dans mon blog depuis deux ans, et dans le site de l’Institut, ne constituent qu’un aide-mémoire. Mais si je veux aider la mémoire des plus jeunes, il vaut mieux que je ne perde pas la mienne. 

Les Flamands que j’ai  visités aujourd’hui semblent obéir à des horaires très aménagés. Je suis ainsi libre à quinze heures, après que le temps se soit laissé découper par des pauses sandwichs et des présentations power points. J’ai donc le temps d’aller passer la nuit à Namur, plutôt qu’à Bruxelles, encombré de réunions multiples.

L’hôtel, comme le quartier des anciennes casernes transformées en théâtre et en musée des colonies, est temporairement privé d’électricité, ce qui est gênant pour les portes automatiques.  Je pars donc en exploration dans ces rues que je connais, de souvenirs disjoints, de jeux d’échassiers, aux facéties de Benoît Poelvoorde dans la brasserie qui jouxte la cathédrale baroque, aux moments d’art contemporain quand mon amie Bernadette Lambrecht exposait ses légumes de papier moulé en 1984 à la Maison de la Culture. 

Le soir est dans une belle lumière…un printemps du Nord avant le printemps du Sud que je découvrirai demain. La citadelle semble dormir. Je suis content d’avoir fait cette étape là.

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