Jeudi 3 et vendredi 4 avril 2008, Angers, ville de la tapisserie

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Tout rempli d’Italie et de son architecture, épris des paysages du Piémont, je n’ai pas manqué un aller et retour, cependant trop rapide, à Angers.

J’en avais préparé l’augure. J’en avais rêvé les circonstances et mis en place les relais. Pierre Daquin ouvrait son exposition sur les « Paradoxales » au musée des Beaux-Arts.

Voir les pièces en place dans la galerie d’art graphique apporte une autre expérience des œuvres. C’est une évidence, mais une évidence qu’il faut vivre dans un espace confiné, un espace de rassemblement, là où on ne peut plus échapper aux parentés. Un grand espace sépare et souvent éparpille un peu. Mais ses dimensions trouvent un équilibre avec les œuvres si celui qui a décidé de l’accrochage, commissaire d’exposition ou artiste, ou les deux, sait ou savent que nous avons besoin de centrer le regard. A moins que le rapport qu’il faut établir entre plusieurs objets soit justement nécessaire. 

Dans les petits formats, l’idée est différente. On ne requiert plus l’œuvre unique, mais l’œuvre multiple, comme un alignement de contraintes, de contraires qui doivent se retrouver sur une même mélodie. Un chant polyphonique. 

Et puis quelques repères, sur une origine supposée… Et puis quelques textes, qui disent autrement. 

Au début du parcours, on trouve les déchirures / déchirements. Puis la disparition du centre. Jusqu’au cadre, puis jusqu’au presque rien. Mais tout soudain, dans ce cadre, une multiplicité prouve sa nécessité. Il faut cependant un centre. Puisque tout était là ; dans le rapport de ce qui est choisi, encadré et ce qui ne l’est pas. Mais ce qui est encadré devient cadre à son tour. Cadre de la matière, d’une matière déplacée, repoussée, travestie de peinture, ou de teinture. Figure centrale privilégiée. Mais est-elle figure volontaire, ou un accident de la nature ?

Nature. Le terme est juste. Le peintre était peut-être enfermé. Mais il a su peindre et meurtrir l’objet de son enfermement. Il a ouvert une lucarne…un ciel…mais est-ce un ciel ou une mer, ou un mirage ? Le paysage que le noble anglais ne pouvait voir que dans un miroir ? Impressionné par un état sauvage pourtant domestiqué. Un miroir tragique, comme l’œil qui s’arrondit pour emprisonner la perversité du « Servant » ? Losey à la rescousse ? 

Mais de nouveau, tout est chahuté. Un réseau qui contredit l’ordre rectangulaire, qui déconstruit la marqueterie pour devenir labyrinthe. Marbrures ? Marouflage ? Stucs et décors ? Un Baroque contrarié ?  

Pourtant le centre ne sera plus figure. Il devient marbrure à son tour. Mise en abyme. Il vient redire à l’envers, la place du cadre et du sujet. 

Plus l’artiste se retrouve et plus il brouille nos pistes. Vous vouliez une vague…la voilà. Vous souhaitiez du vent ? Je le fais souffler. Vous vouliez l’ambiguïté de l’échelle la voilà ; avec un halo, un sfumato, un sentiment d’Ascension, un hommage à la peinture ; la plus belle, la plus reconnue et à mes passions de jeunesse. 

Il s’agit d’un jeu, en effet et l’un des plus purs. Le jeu de l’envers. Qui met tête en bas la peinture et la conduit dans ses voies les plus sauvages. 

J’ai parlé du Tiers-État de la peinture quand j’étais à Fréjus. Pourquoi ne pas récidiver ? 

Mais ici, la côte sauvage de la Méditerranée est loin. Angers reste calme. Une ville d’aisance, où rien ne semble compliqué. Les élections y ont été pourtant difficiles. Comme partout ! Complexité du parti socialiste. Les élus à la culture, prennent la vie à pleine main, pour six années et se félicitent d’un héritage qui est souvent conduit vers le contemporain. Danse et tapisserie s’y mêlent. Ce n’est pas la première fois. 

Un jour j’avais ramassé du sable de Loire pour mettre au sol dans une pièce où j’avais exposé une œuvre personnelle que j’avais intitulée « Les tributs du guerrier ». Tiges de bambous enrobées de fils noirs noués. Une planète mixte déposée comme au musée. Une ethnographie sans origine et sans héritier. 

Souvenirs…

Je retrouve mes amis. Nous dînons ensemble avec les élus pleins d’espoir. Puis dans l’intimité, je revois François Garotte…Cela fait trente ans. Prêt à quitter son île pour vivre l’aventure d’un bateau. Sur la Loire ? 

Le temps passe, mais pas la vie. Des ateliers magiques du Ronceray à la fin des années 70’ jusqu’aujourd’hui.  

C’est notre vie.

Cliché : Pierre Daquin, Sfumato 7, 2008 Peinture 0.40 x 0.40 m

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