
La Turba de Cantiano, Installation dans le Torione de Cagli, Palazzo Trinci de Foligno, marché à Gubbio et vue de Cantiano

Pour ne pas rester seulement sur les impressions architecturales ou picturales majeures, ni sur la seule bibliothèque des Montefeltri, un trésor à l’échelle mondiale, je tenais à revenir un moment sur les traces d’humanité qui ponctuent un parcours comme celui que je viens d’effectuer.
Du premier jour, à Valffabbrica où le Président de la Région Umbria, Mauro Tippolotti préside dans une sorte de ferme château un déjeuner pléthorique durant lequel s’insinuent tous les scénarios politiques locaux et l’actualité électorale brûlante, en passant par le Palazzo Trinci de Foligno, qui enchaîne le style Roman, le gothique et le renaissant dans une sorte d’alphabet architectural pédagogique, nous avons rendu un rapide hommage, le second jour, en nous rendant dans les Marques, à la ville de Cantiano dont la fierté tient à la représentation du vendredi saint, la Turba, spectacle traditionnel et patrimonial, sorte de processionnaire dont les décors sont en train d’être démontés.

Un réseau européen de ces centres liés à la représentation de la Céne et de la Crucifixion participe de cette fête et s’ouvre sous mes pas, comme une découverte. J’ai toujours trouvé dommage que nous ayons abandonné l’itinéraire des Fêtes et Rites populaires. Je me souviens soudain des images rapportées par mes grands-parents qui fréquentaient Oberamergau la semaine sainte, des heures vécues à Madrid sous la pluie, huit jours auparavant et je discute longuement avec Stefania Calandrini, belge, fille d’émigrés revenue dans la patrie de ses parents de cette confrérie des villes cérémonielles.
La conversation se continuera longtemps, passant par la venue d’Yves Bonnefoy qui travaille régulièrement avec un peintre de la ville, rebondissant entre cousins partis et revenus. Le Président de la Comunità Montana del Catria e Nerone, Gino Treversini, un des leaders avec Catia Mariani de cette initiative sur la Route de la Paix, est en effet cousin de Roberto Traversini, permier échevin – vert de la ville de Differdange, qui est présent pour quelques jours, pour des vacances et pour partie en mission avec son bourgmestre, Claude Meisch, Président du DP luxembourgeois. Une rencontre que je n’aurais certainement pas faite, du moins pas comme cela, au Luxembourg.

Tout soudain, les textes de Jean Portante, le grand écrivain luxembourgeois, prennent de l’épaisseur humaine face à la reconstitution d’une famille, à deux générations. Le contexte de l’émigration prend son sens, à l’heure des dialogues politiques transeuropéens. Et l’un des deux dit à l’autre : « j’ai eu du mal à revenir ici, car je n’acceptais pas ce pays qui n’a même pas su donner à manger à ma famille au siècle dernier ». L’autre lui parle de l’air pur et des traditions qui continuent…et la conversation va bon train sur les énergies douces.
Je ne sais plus si l’on parle de la Route de la Paix, mais la Route de la paix des hommes se dessine entre pasta et grillades.
Plus loin encore en direction d’Urbino, le maire de Cagli, Domenico Papi nous présente son assesseur à la culture, Alberto Mazzachera, conseiller du Ministre Rutelli. C’est un historien de l’art et le grand ordonnateur des transformations culturelles de sa ville : la restauration d’un magnifique théâtre « à l’italienne », la transformation du Torione, une tour construite par Francesco di Giorgio Martini, en un lieu d’accueil pour des interventions éphémères ou plus permanentes d’artistes contemporains de l’arte povera et de l’art conceptuel. Il se révèle aussi un guide passionné des peintures de l’église San Francesco, de la cathédrale-basilique, de l’Oratoire…
…Mais je ne veux pas surcharger ces pages des noms des dizaines de maires, d’adjoints, de guides, de muséographes, de responsables d’associations qui nous ont rejoints ici et là.

D’une petite patrie à une plus grande, chacun souhaitant mettre en avant sa fête, ses céramiques et ses relations internationales, à l’épreuve des grands rêves des villes phares.
C’est aux scientifiques, auteurs du livre qui propose la construction de la Route, Maria Vittoria Ambrogi et Giambaldo Belardi, qu’il faudra tenir le discours le plus ferme ; celui de la nécessité d’une logique, d’un vrai dialogue international concrétisé par des accords, d’une sélection des points forts. Mais ce sera une autre histoire, dans un mois ou deux, le temps que tous ceux que j’ai rencontrés reposent leurs cartes, après les avoir battues pour dire mieux, au milieu de leurs richesses et de leurs trésors locaux, comment un fragment d’histoire prend son sens.