Du jeudi 27 au samedi 29 septembre 2007, le Puy-en-Velay : tous ensemble !

Inauguration de l’Hôtel-Dieu confié à l’architecte Wilmotte, en présence, de gauche à droite, du Président de la Communauté d’agglomération, Marcel Schott, de Julia Kristeva, du Maire du Puy Arlette Arnaud-Landon, du Président de la Région René Souchon, d’Yves Dauge, sénateur et nouveau président de l’association des sites français classés au Patrimoine Mondial et du Secrétaire d’Etat, porte-parole du gouvernement Laurent Wauquiez

Le rendez-vous du Puy-en-Velay était attendu. Pour atteindre ses buts, il a provoqué en amont nombre d’interrogations.

Mais il s’agissait en fait d’un commencement de célébrations continues confiées par le Conseil de l’Europe à l’Institut européen des Itinéraires culturels, chargé de plus, de trouver tous les budgets auprès des partenaires impliqués : villes et réseaux.

Etant donné que je dispose du recul d’un mois, je devrais plutôt parler au présent, en prenant en compte le bilan d’une sorte de formation permanente accélérée sur l’état d’un grand projet européen, celui des Chemins de Saint-Jacques de Compostelle, sans doute très ambitieux et utopique pour l’Institution qui lui a donné sa reconnaissance il y a vingt ans et qui a forgé son propre succès par l’usage qu’en on fait les Européens plutôt qu’à l’aide des autorités qui a souvent oublié la vocations européenne du Chemin au gré des prises de pouvoirs politiques et scientifiques. 

Avec mon équipe, j’ai donc souhaité que l’anniversaire ait une vertu pédagogique.

Pour l’organisation de ce colloque d’un vingtième anniversaire, certains des obstacles ont été nominaux. Tout d’abord, et dans l’ordre chronologique, la responsable d’une association inter-régionale qui pensait que son domaine allait souffrir d’une rencontre historique entre des acteurs qu’elle prend soin de ne jamais faire se rencontrer.

Ensuite celui d’un pouvoir religieux local qui a voulu faire croire qu’on l’ignorait et le faire savoir jusqu’au plus haut niveau du Conseil de l’Europe.

Celui d’un pouvoir politique de droite ensuite qui, en instrumentalisant l’aigreur supposée de l’église, souhaitait reprendre la main sur l’événementiel et l’essence du pèlerinage et ne voyait pas d’un bon œil l’arrivée d’un grand projet patrimonial sur bases religieuses porté par la Gauche municipale, au Puy-en-Velay et à Compostelle… 

Et puis naturellement tous ceux qui, depuis vingt ans, ont fait de la question des Chemins de Saint-Jacques de Compostelle en France un champ d’affrontement fondé sur des seigneuries politiques et des baronnies scientifiques et administratives qui se combattent, se repoussent, s’excluent, au nom de la Foi ou de l’Histoire, qui n’est en fait que leur histoire personnelle ou la couverture religieuse d’un ego démesuré. 

Enfin tous ceux qui ne veulent pas accepter le fait que le programme des itinéraires culturels est englobant, que les membres des sociétés européennes que ces itinéraires reflètent et auxquels ils apportent un outil de lecture, ne communiquent plus sur les mêmes bases centralisées.  

Table ronde sur la Gouvernance

Les responsables des itinéraires veulent croiser leurs expériences. Ils ouvrent leurs portes. Ils échangent en essayant de tirer le meilleur des nouvelles technologies. Ils ne veulent plus dépendre uniquement du légendaire, mais mettre ce légendaire en perspective. Ils veulent partager leurs expériences diverses concernant le rapport à l’église dans des pays de traditions religieuses différentes. 

En un mot, Saint-Jacques de Compostelle n’est plus seulement pour eux un étendard, ou le seul étendard, voire même le seul lieu d’une construction européenne décentralisée. Ils sont venus d’autres cultures. Ils appartiennent à d’autres générations, d’autres pays, et ont grandi dans une Europe qui a eu, depuis vingt ans, l’enjeu d’une réunification qu’elle n’avait pas même espéré aux lendemains de la guerre quand la grande coupure est intervenue de manière cynique.    

Tous ensemble ?

En effet c’est ce que j’ai souhaité. Tous réunis au Puy-en-Velay, le maximum de représentants des puzzles des itinéraires culturels, pour fêter un passage ; celui des vingt années d’un programme.

Mais alors pourquoi au Puy avant Saint-Jacques ? Pourquoi dans un point de départ supposé (sans source historique certaines), mais en tout cas certain dans sa réalité actuelle, compte tenu des chiffres de fréquentation, plutôt qu’un point d’arrivée ? 

Sans doute dois-je commencer mon récit parce point de départ-là, comme une anamnèse ! 

Mais faire recours au passé pour expliquer le présent ne pourra se réaliser vraisemblablement que sur le long terme car en un seul colloque, toutes les contradictions, les miennes y comprises, se sont cristallisées.  

Dans le récit personnel de ce qui va ponctuer (a ponctué devrai-je dire puisque j’écris sur un terreau en ayant en tête les étapes suivantes) les phases d’un anniversaire dont j’ai voulu certaines, contre vents et marées, même si cela se passe loin de la mer et le plus souvent à l’insu ou dans l’étonnement sidéré du Conseil de l’Europe. 

La réunion politique qui a eu lieu au Grand-Duché de Luxembourg, dont je reparlerai, en est un bon exemple.  En ce qui concerne les autres, que la responsabilité ait été directe, comme au Puy-en-Velay ou plus indirecte, comme à Saint-Jacques de Compostelle, j’ai surtout l’impression d’avoir, avec plus ou moins d’intensité, réussi à dévier la route quand elle était trop bien tracée, à donner plus d’ampleur à ce qui aurait voulu rester local, à communiquer un enthousiasme plus grand quand il s’agissait seulement de hisser les drapeaux, à ouvrir des portes à des collaborations plus intenses. 

Pour le reste, je dois bien assumer la grande part de risques et le fil du rasoir. En espérant que ceux que j’ai malmenés à l’occasion, me le pardonneront et que ceux qui m’ont aidé ne m’en voudront pas trop de les avoir épuisés.

Mais il y a des moments qu’il faut saisir à pleines mains. 

Tous réunis, voulait dire d’abord : toutes les formes de responsabilités. Et ce n’est certes pas facile de faire en sorte que les scientifiques acceptent le long discours des politiques quand les élections locales s’approchent et que les élections générales ont signifié un changement majeur dans le jeu de bascule des générations.  

Même si l’échiquier des responsabilités politiques devait être complet et revenir à l’origine d’une mission que Madame Catherine Lalumière a longuement commentée.

Cette longueur, dont elle m’a elle-même confessé le regret, a pu faire rager ceux qui n’ont pas eu le temps de parler technique, ou d’exprimer leur émotion.  

Il ne faut pas non plus s’étonner que les journalistes galiciens ont eu du mal à accepter de ne plus considérer les Chemins de Saint-Jacques de Compostelle comme le seul itinéraire de pèlerinage reconnu par le Conseil de l’Europe et son parcours espagnol…comme seul exemple magnifique.  

Ce qui était né, comme une idée et comme un geste tous deux magnifiques, a engendré du magnifique sur d’autres routes, et c’est tant mieux !

Mais le temps a flétri les bonnes intentions qui ne sont parfois restées que des traces dans le paysage où chacun s’est engouffré sans message et sans guide.

Le magnifique est devenu un succès visible, mais pas une réussite réellement partagée.

Trop de monde et pas assez de partage ! 

De fait, toutes les cartes étaient distribuées, même si la partie a été interrompue par quelques incidents matériels et une pression trop forte sur le temps de parole dont je me sens responsable, n’ayant pas pris la précaution des retards possibles.  

Il s’agissait d’ouvrir un éventail, dont la publication montrera la grande richesse de motifs, pas de choisir a priori ou de thématiser ! Du moins, pas à ce stade. 

Il s’agissait aussi de répondre à des désirs complémentaires : celui d’une mairie qui souhaitait qu’on lui rende justice de la place qu’elle occupe dans une géographie du Chemin, et donc une géographie politique. Je crois que les dents que j’entends grincer dans le monde local montrent que nous y sommes parvenus et que l’échange réussi, entre deux des extrémités du Chemin, méritera que le feu de la rencontre soit entretenu en continu et démultiplié.  

Celui d’un Président de communauté d’agglomération qui souhaitait qu’un grand équipement de sa ville, un monument historique de valeur, l’Hôtel Dieu, reçoive le statut qu’il mérite en termes de reconnaissance historique et soit placé au cœur de la réflexion actuelle sur le fait religieux.  

Et si le consensus politique s’est fait sur le caractère incontournable de ce bâtiment, c’est que le dispositif intellectuel et technique était là, prêt à s’installer.

La phase suivante sera plutôt, et selon les résultats électoraux, et si une alternance devait survenir en novembre, une récupération dont on peut espérer qu’elle ne sera pas dévoyée. 

Celui d’un programme qui n’a pas si souvent l’occasion de trouver les moyens financiers de se disposer en colloque élargi ; c’est à dire en rencontre pluridisciplinaire où chacun peut choisir son meilleur compagnon. 

J’ai trop vécu la fulgurance de cette réunion, de l’intérieur, pour avoir prêté attention aux mécontentements. Je les ais cependant perçus et ne cherche pas à les minimiser! Mais j’ai pris tout le miel de ce que j’attendais : l’intervention de Julia Kristeva, qui a porté l’enjeu à un niveau d’exigence considérable, a ouvert la réunion sur un sentiment de grand souffle.

Il restait donc à mettre en place l’espace de discussion pour les différents éclairages de l’approche d’une série de questions fondamentales :

  • Quelles exigence politique doit-on avoir vis-à-vis d’un programme dont le but fondamental est la citoyenneté ?
  • Comment tenir compte de l’écartèlement entre la réponse aux exigences de mémoire et les réponses aux besoins de développement ?
  • Comment prendre la mesure de la frontière mouvante entre acte de foi, religiosité, spiritualité et tourisme ?
  • Comment faire en sorte que les nouvelles technologies qui tracent et guident les chemins et les réseaux, ne canalisent pas une pensée unique ?
  •  Et bien d’autres encore ! 

Le mot discussion ne peut être pris que dans son intention à moyen terme. La discussion devait venir dans les têtes ou dans les couloirs et nourrir un faisceau de rencontres à venir.

Cela je n’ai pas su forcément bien l’expliquer, d’où le sentiment parfois de blocage et d’étroitesse contrainte des forums. 

La réponse finale, faible j’en conviens par rapport à une profusion multidirectionnelle, mais c’est la loi du genre, est une Déclaration, qui sera retravaillée, une Déclaration qui tend à revenir vers un lieu d’origine : la place de Compostelle où le symbole a pris naissance, de manière théâtrale, il y a vingt années. 

Devait-on aller aussi vite pour mettre en place ce nouveau symbole écrit ? Personnellement, je ne le crois pas ! Mais il fallait au moins en délimiter les contours puisque c’est ainsi que le réel est venu se mettre en débat ; dans le désordre des désirs politique conjugués du Puy et de Saint-Jacques.

J’allais dire : comme le temps long de l’histoire nous l’a appris. 

De ce côté là – un texte qui réunit quelques idées fortes –  je ne suis pas déçu, même si je me sens dans l’incapacité de reconnaître l’ensemble des contributions à cette Déclaration, sinon la mienne, ce qui n’est pas très satisfaisant. 

Là où aurait fallu des groupes de travail sur un texte, il y a beaucoup trop d’affect personnel, en effet.

Mais c’est également une loi du genre.

Nous ne sommes plus au temps des motions de synthèse ; mais au temps de l’enrichissement permanent d’une idée en action, en évolution permanente. 

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