Vendredi 14 septembre 2007, Le Puy-en-Velay, la mort de Jacques Martin, un bon bol de nostalgie

Il est vrai que ne peux que picorer. A un mois de distance, les notes prises sont comme la rosée du matin. Elles peuvent être bues par les abeilles et prises pour du nectar, mais cela reste à la dimension de l’abeille…une sorte de bourdonnement. 

Deux semaines avant la tenue de l’un des événements les plus importants dans toute la vie des itinéraires culturels, je suis allé faire le point avec mes amis du Puy-en-Velay. Dernières vérifications et dernières inquiétudes. Il y a une ration de stress pour tout le monde. Juste partage ! 

Et dans le petit hôtel de la périphérie de la ville, j’ai appris, comme tous les Français la mort de Jacques Martin. Et comme tous les Français de mon âge, cette disparition attendue, après la mise à mort par anticipation qui avait eu lieu il y a quelques années, a creusé un trou dans mon environnement. Je me suis effondré au fond d’un univers en pattes d’éléphants, en costume cintré, où des jeunes garçons plein d’audace accompagnés par de moins jeunes clowns, ont dynamité chaque semaine pendant des années une actualité policée et compassée. 

En chantant, en interviewant au-delà du ridicule, en pointant de petits travers qui étaient parfois de grosses bêtises, et même des malversations, ils ont inventé une époque de la communication télévisée. 

Pas de morale pesante. Surtout pas ! La morale n’est venue que très récemment dans les milieux médiatiques où tous ceux qui font des bénéfices énormes et parfois criminels, dénoncent les petits malfrats de banlieue.  

Non, il s’agissait de bien autre chose. Un calembour, une phrase bien composée, un dessin irrésistible. Jacques Martin et ses copains « petit rapportaient ». Jacques Martin et ses complices rendaient grâce à la poésie des campagnes en train de disparaître. Et sur la nappe de la salle à manger, en fin de repas, lorsque ma mère apportait les religieuses qu’elle avait achetées, comme tous les dimanches, après avoir fermé sa boutique, dans la même pâtisserie, les plaisanteries tombaient drues, comme des incongruités. Mais l’attention était forte.  

Au temps du Général de Gaulle, depuis la télévision noir et blanc, jusqu’aux premières émissions en couleurs. Des petites compromissions avec la grivoiserie, aux grandes messes d’un après-midi continu, de jeux, en chansons enfantines, de paillettes en artifices, une autre époque était venue, avec la mort de Pompidou et l’arrivée de Giscard D’Estaing…et notre enfance avait basculé vers l’apparence. 

Dans ce précipice sans fin, j’ai heureusement retrouvé l’escalier qui permet de sortir. Et j’ai compris que celui qui avait volé l’attention des Français pendant si longtemps avait été en quelques années dépossédé de tout : son métier qui avait fait un autre saut dans un vide sidéral dee nullité, où le nez rouge des clowns ne tient plus la route; sa femme, partie rejoindre un homme politique pressé et enfin son audience, captée par celui qui avait volé sa femme pour en faire la première dame de France à s’habiller chez Prada. 

Devant le petit écran du réalisme truqué, l’amuseur foudroyé a du subir le dernier outrage ; celui qui fait que le policier devient un jour plus fort que Guignol et que c’est lui qui fait briller les yeux du public. 

« Pauvre Martin. Pauvre Misère » chantait Brassens.     

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