Dimanche 2 septembre 2007, Trèves fin de partie

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Tout parcours a une fin. 

Je suis allé voir deux soir de suite comment se passaient les journées de ces jeunes en parcours découverte. D’abord à Niederanven, près du monument Saint Martin, où ils ont été accueillis merveilleusement par la municipalité dans un centre sportif digne d’une capitale ou à Bourglinster à l’auberge de jeunesse.

Je les ai rejoint en ce dimanche après midi pour une arrivée un peu langoureuse, le long de la Moselle, et constater combien une ânesse change le regard que les passants portent sur un groupe.  

Je ne dis pas que c’est la première fois qu’une action des itinéraires culturels génère autant de succès auprès des journaux luxembourgeois, mais cette fois, il y a eu des reportages réels et concernés. Et, ce ui n’est pas négligeable, un accueil chaleureux par des élus locaux et une députée.

Bien entendu il s’agit de la presse catholique ; mais tout de même. Est-ce que la presse socialiste n’en n’a rien dit parce qu’il s’agissait d’un sujet touchant au religieux ? J’ai parfois l’impression de me répéter sur ces questions qui concernent le regard porté sur la Foi, mais après tout, quand on touche à l’identité, il reste toujours à digérer des moments d’histoire, même anciens.  

Trèves a accueilli cette petite troupe avec un regard un peu émerveillé. Trèves est pourtant une ville un peu froide. J’en garde peut être trop le souvenir d’hiver, quand le Marché de Noël attire les promeneurs en quête de cadeaux ou de décors ; mais en cette fin d’été, les touristes étaient nombreux, entre jardin et basilique, entre Porta Nigra et Palais baroque et dans les travées des expositions sur Constantin qui constituent me must de l’opération 2007 à Trèves. 

Il y avait un terme au voyage ; il y avait aussi un certain plaisir à avoir effectué ce challenge jusqu’au bout.  

Que dire de plus ? D’abord, le fait que si la ville de Trèves, son archevêché et le Land ont fait un très gros effort muséographique pour une série d’expositions de première ampleur, je trouve que le phénomène historique que représente Constantin, empereur d’Occident et d’Orient, n’est pas à négliger. Si Constantinople en a gardé le nom, la ville de Trèves est malheureusement restée un peu en marge d’une connaissance nécessaire.  

Constantin a passé une seule année à Trèves en 307, avant de rejoindre les batailles italiennes rivales et de fonder l’église d’Orient. Je synthètise outrageusement bien sûr.  Mais c’est un peu comme si le futur empereur avait fait une sorte de training pour le futur dans les environs mosellans. Comme le point de départ d’un destin, sur les rivages du nord de l’Europe romaine, avant de rejoindre ceux de la Mer Noire.

Une Europe qui se parcourt dans l’espace d’une vie.  

Il est pourtant celui « qui a permis à l’Eglise de prendre son essor », dit l’inévitable Wikipédia. Et l’une des expositions de Trèves en marque les modes de représentation, met en perspective l’iconographie et prend en compte toutes les découvertes archéologiques qui font de la région, encore aujourd’hui, une orbe romaine compréhensible et visitable par tous. 

Manon, qui a piloté ce projet, avait voulu en terminant par l’empereur chrétien, marquer l’origine de ce diocèse où saint Martin est venu à plusieurs reprises. 

A ce constat plutôt satisfaisant, je voulais ajouter deux notes plus personnelles.  

Lorsque nous avons prévu il y a quelques mois ce parcours, comme un moyen de marquer le territoire avant de l’investir plus largement par la mise en place de bornes et l’édition d’un guide, pour en faire l’itinéraire du nord des différents parcours du saint tourangeau, l’idée de faire la reconnaisance du trajet avec un âne m’a semblé bien plus qu’une manière de donner un accent particulier à une forme de tourisme lent.

C’était à la fois vraiment partir sur les pas de saint Martin qui, selon son biographe, a parcouru (dans le sens inverse, il est vrai) ce chemin romain avec un âne, mais aussi renouer avec un de mes plus anciens souvenirs des Cévennes. 

On a redécouvert sur la chaîne française France Inter, voici un an, le parcours que Robert Louis Stevenson a réalisé dans les Cévennes avec une ânesse, depuis le Puy-en-Velay, en confiant à un journaliste le soin de refaire ce parcours et d’enregistrer ses rencontres et sa cohabitation animalière. 

De fait, cette idée d’en refaire un parcours touristique est née dans les années soixante ou plutôt au début des années soixante-dix. Elle montre bien que le tourisme culturel n’est pas si récent.

Voilà pourquoi je me sens un peu happé en arrière.

L’association drailles (les chemins de transhumance) avait lancé cette idée de redécouverte de la merveilleuse nature cévenole selon les pas d’un auteur qui voulait lui même, au moment où il a entrepris ce voyage, retrouver le sort des Huguenots.  

La chanson de Jean Ferrat « La Montagne » avait fait des ravages dans les têtes et les néo-ruraux ont tenté à l’époque de planter leurs cultures sur les traversiers, à la base du Mont Aigoual. Certains y sont restés. Beaucoup sont revenus en ville.

C’était une belle utopie dont j’ai vécu modestement ma part dans les moments de loisirs. Saint-Jean du Gard, Valleraugue, et les petits villages du côté d’Ardaillers resteront pour moi un merveilleux souvenir, probablement parce que j’y ai connu des moments de bonheur et que j’y ai, durant des Pâques froides, fait mon voyage de noces. 

J’ai un peu renoué avec ces chemins à l’écart du monde lorsque je me suis occupé des routes de la soie à la fin des années quatre-vingt : les mûriers et les magnaneries n’avaient pas de secret pour moi. Il s’agissait d’un point de départ pour découvrir d’autres horizons européens. J’ai pu revoir les mêmes paysages et le même exemple de monoproduction, du Portugal au nord de la Grèce et de la Roumanie à la Bulgarie en tentant d’en faire un espace européen expliqué, marqué par les religions, de l’arrivée de l’Islam dans le sud de l’Espagne et en Sicile, ou par l’émigration des Huguenots. 

De cette routes de la soie d’où vient ma rencontre avec le Conseil de l’Europe, il faudra que je reparle. 

Mais en attendant, Juliette, la compagne de nos jeunes, ira peut-être rejoindre la Modestine de Stevenson dans l’histoire des ânesses littéraires.  

Mais qui va raconter plus en détail son histoire ?

Pour l’instant une gallerie photo de notre site, peut y aider.    

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