Mardi 14 août 2007, Les Baux, un sentiment de Provence

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Les vacances ont ceci de particulier que chaque jour vaut une messe.   

Ce n’est pas que j’évite de raconter au quotidien, dans un bilan secret, les heures discrètes qui ne sont pas seulement consacrées à une réparation de l’Europe. Je n’ai pas voulu établir dans ce blog une séparation trop stricte entre vie privée et vie publique, sous réserve cependant de la pudeur la plus profonde, puisque ces lignes sont d’abord écrites pour les proches.

Mais, avec le retard du paresseux, je sais que chaque jour de cette belle semaine d’août aura droit à son message personnel, beaucoup plus que de coutume. 

Je reste d’ailleurs chaque fois un peu ébahi par ce que je me laisse aller à confesser aux étudiants et aux journalistes qui font profession d’accoucheurs.  Juste avant de partir, la semaine passée, un journaliste du « Pèlerin » a fait un aller et retour à Luxembourg pour me poser quelques questions sur le XXe anniversaire du programme en vue d’un article qui paraîtra pour le colloque du Puy-en-Velay. Le TGV va permettre il est vrai une plus grande proximité journalistique avec Paris. 

Et j’ai parlé, comme cela m’arrive trop souvent de couture.  Rapiécer l’Europe vaut le coup. Ce n’est pas un geste de grande ampleur, même quand la couture est longue de milliers de kilomètres. C’est au contraire un geste modeste qui est à la portée de tous. Il n’y a pas besoin d’avoir une formation de tailleur ou de couturière. Il faut simplement s’apercevoir qu’il manque un bouton ou que la lisière devait en épouser une autre.    

Mais revenons à ces parcours ensoleillés en compagnie de ma fille. J’avais tellement besoin d’un sentiment de Provence. Et Marseille est une Provence trop grecque, trop maritime ! La Provence de l’intérieur, dans la recherche des nouvelles de Daudet que je jouais à deux voix avec mon grand-père qui, lui, ne devait pas se forcer pour prendre l’accent du sud. Les Trois messes basses sont restées un chef d’œuvre théâtral purement familial mais dont la bande magnétique reportée sur une cassette, s’empile dans la poussière d’Evian parmi d’autres, autant délaissées. De report en report, j’ai oublié le CD et maintenant le DVD. Techniques nouvelles, peut-être plus fidèles que les précédentes ? Je devrais le faire avant que la poussière ne gagne, même si l’image, encore si présente de ce merveilleux homme au béret basque permanent jouant le diable entré en Garrigou, mérite une liturgie de mémoire. « Deux dindes truffées, mon révérend, deux dindes magnifiques, bourrées de truffes… » 

 J’aimerais l’embrasser demain matin sur ses joues encore fraîches du rasage.

La Provence dans une certaine poussière, un poudroiement. 

Saint-Rémy, les Baux puis Arles. Cela suffit amplement pour une journée.  

Saint-Rémy, village enserré de clôtures pour la course des chevaux camarguais du quinze août. En attente, en quelque sorte ! Village instrumentalisant Van Gogh et Gauguin dans un itinéraire des peintres un peu aléatoire et trop sollicité.  Mais après tout, il y a en effet des soleils tournoyants et des effets d’absinthe. Alors pourquoi s’en priver ? Et tant pis si les Provençales qui posèrent pour les deux amis ont eu une vie plus publique que privée. Elles ont maintenant l’immortalité des cyprès bleuis. 

En août, ces paysages, qui se sont un peu policés depuis le parcours des chevalets fous, pour rendre plus aisée la cueillette du raisin et de l’olive, font encore tourner la tête. Le soleil accepte le vent qui permet à la peau, à son tour, d’accepter le mirage chaleureux d’une brûlure muette. 

Les Baux-de-Provence, comme un mirage. Bien entendu j’étais déjà venu. Mais en faire le tour vers six heures du soir, dans cette lumière qui enchante tout, même l’ombre, avait quelque chose d’appliqué et de miraculeux. De langoureux même, comme un grand gâteau dévoré tranche par tranche. 

De là haut, un domaine princier, ses mines, ses terres et ses limites administratives et guerrières se comprennent comme une leçon de géographie. Comme une leçon d’histoire aussi, entre des absences, des disparitions du bâti et des anecdotes. Un abîme d’explications lentement égrenées par un accompagnateur virtuel. Il y avait longtemps que je n’avais pas fait appel à un audio-guide. Finalement je dois en reconnaître l’efficacité. 

Vient la plaine qui coule vers la Camargue. Vient le jour qui tombe sur Arles. Des rues interminables en lacis. Un restaurant au rythme du jazz et des expositions de photographies fermées, mais qui donnent un sentiment de cadres empilés les uns sur les autres ; comme si le long de ces façades, le long du Rhône, tout n’était qu’angles, points de vue, fusion des prises. 

Petite plongée, certes, devant une eau qui est venue des montagnes et s’en va élargir un champ d’oiseaux migrateurs.  

Peintres encore, couchés sous le pavé, d’une trop forte présence. 

Le temps s’arrête.

J’oublie enfin aujourd’hui tous ces appels vers un calendrier imposé. 

Je ne veux qu’une nuit percée d’étoiles et l’odeur un peu âcre d’un fleuve qui charrie le passé avec le charme d’un accent dont j’ai bu le lait dès l’enfance. 

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