Du jeudi 10 au dimanche 13 mai 2007 : Bruxelles, Strasbourg et Sibiu, qu’est-ce que la Fête de l’Europe ?

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Certaines semaines sont propices à un large tour d’horizon européen. Le hasard veut que deux réunions importantes aient eu lieu la même semaine, l’une à Bruxelles autour des itinéraires de pèlerinage et l’autre à Strasbourg pour une étape supplémentaire de la restructuration permanente des itinéraires culturels. Parallèlement Bruxelles fêtait l’anniversaire de la naissance de son Europe, tandis que Strasbourg réunissait ses ministres pour fêter l’entrée du 47e état membre, le Monténégro, et ouvrait un semestre de présidence serbe. Tout un symbole ! 

Il est juste un peu dommage que l’Institution qui continue à ouvrir des chantiers dans des pays difficiles avec lesquels le travail est rien moins qu’urgent, soit aussi celle qui ne bénéficie que de budgets de plus en plus réduits. La défense des symboles des Droits de l’Homme semble bien moins efficaces vis à vis des budgets des Etats que les politiques de développement, alors qu’elles vont de pair. Est-ce que je dois redire que je suis tellement fier de travailler à un programme qui relie les deux ? 

Et puis la surprise s’est constituée autour d’un aller et retour à Sibiu ce week-end, dans l’accompagnement d’une mission du gouvernement luxembourgeois. 

Je sors d’une campagne électorale qui, comme pour beaucoup de Français – et pour reprendre une expression journalistique récurrente – m’a « passionné »… par le degré de déception que j’ai pu atteindre en raison du flou et de l’indécision des candidats sur les questions qui me touchent de plus près. Par conséquent, ces voyages m’ont permis d’évacuer en partie cette sorte de raz le bol d’une ignorance qui vient s’ancrer en France quant à la place de l’autre, dans ces pays voisins devenus une part de nous-mêmes. 

Ces deux derniers jours, passés en compagnie de politiques et d’enseignants luxembourgeois, rencontrant leurs homologues roumains, dans le contexte de la germanité transylvaine, m’ont remis d’aplomb sur ma profonde conviction de l’importance du dialogue, du multilinguisme et de la recherche des racines.  

Au fond je crois avoir mieux mesuré ce que veut dire une implication politique européenne quand elle semble inscrite dans les gènes. Les politiques luxembourgeois et allemands se sont certainement vus greffer des certitudes par leurs parents ! Ils n’ont pas oublié ce frottement continu de l’histoire entre les mondes qui se sont fracturés après la disparition de Charlemagne.   

Les voyages officiels se planifient en avance, surtout lorsqu’il s’agit de voyages gouvernementaux impliquant un Premier ministre. Même s’il dirige un petit pays, Jean-Claude Juncker s’est placé dans une situation de go-between entre la France et l’Allemagne et parfois d’arbitre monétaire pour le reste de l’économie européenne, en tout cas de conscience pour ce qui concerne la volonté de constituer un nouvel espace continental. Et puis, les conditions politiques changent… et le Président roumain, accueilli il y a peu au Luxembourg, a subi le contrecoup de sa querelle permanente avec son propre Premier ministre. C’est au peuple roumain d’arbitrer maintenant dans un référendum qui offre un spectacle public ouvert, mais violent, son soutien à un chef d’Etat qui souhaitait mener le pays comme il menait les navires dans son passé de marin.

Du coup, le voyage officiel devait réduire sa voilure, pour rester dans les métaphores maritimes.  Et même si trois ministres ont fait le déplacement, dont deux en exercice, le Ministre de la Justice et du Budget Luc Frieden et la secrétaire d’Etat à la Culture, Octavie Modert ainsi qu’un ancien Premier Ministre, Ministre d’Etat et ancien président de la Commission, Jacques Santer, c’est d’échange culturel dont il aura été surtout question. Ils avaient invité dans le même élan un ancien ministre allemand de l’intérieur Otto Schily et le Maire d’Aix-la-Chapelle Jürgen Linden ; ainsi qu’un responsable du Prix Charlemagne. 

Toute cette délégation, privée en quelque sorte de rencontre au sommet, a en grande partie transformé ce voyage – au plan officiel – en une rencontre bilatérale entre ministres de la justice ; la circulation des citoyens roumains nécessitant une adaptation pour changer les mauvaises habitudes, les clichés et les préjugés de l’époque pré Union Européenne. Espérons que deux jeunes gens, ministres, dont la moyenne d’âge à deux ne dépasse pas trente cinq ans, auront la tête à influencer un monde nouveau où on parlera moins de la vente de nourrissons et un peu plus de coopérations entre sociétés de la connaissance. 

Mais la principale rencontre, la plus émouvante en tout cas, a concerné les jeunes élèves qui faisaient partie de la délégation luxembourgeoise. Depuis plus d’un an les élèves du lycée de Diekirch travaillent avec ceux du Gymnasium Brukenthal à Sibiu sur un film qui parle de l’exil et des racines. Ils en ont conçu le scénario, choisi les caractères et exploré les espaces, au Luxembourg et autour de Sibiu, pour raconter l’histoire d’un grand garçon, comme il en pousse au Luxembourg, qui souhaite se rendre à Sibiu et dans les villages saxons retrouver ses racines. Les budgets consacrés à la coopération entre le Luxembourg et Sibiu en cette année 2007, auront aidé à en faire un vrai film, plutôt moyen métrage, qui sera présenté dans sa version complète au mois d’octobre dans les deux pays. 

Passer d’un pays à l’autre, veut toujours dire devenir observateur des mœurs politiques. Et si j’emploie le terme de mœurs et non « habitudes » ou « réalités », c’est qu’il y a en effet une typologie des comportements, en ce qui concerne les grandes et les petites avenues du pouvoir.

L’un des critères les plus évidents me semble finalement l’existence d’une proximité plus ou moins grande entre les citoyens et leurs dirigeants. Je ne veux pas seulement parler de la proximité que donne aujourd’hui l’informatique. Dire que chacun peut interpeller les politiques est presque une vérité. Il existe tant de forums, de blogs qui ne demandent qu’à accueillir des opinions, que l’on peut penser à une véritable confrontation. Reste cependant à connaître la part réelle de la réactivité souhaitée. Les élus, dans les grands, comme dans les petits pays, ont en général un staff suffisant ou peuvent en engager un pour répondre. Je me suis personnellement amusé à voir avec quelle efficacité l’équipe de notre nouveau président, balayant les moteurs de recherche pour y trouver, je devrais même dire y dénicher des questionnements à celui qui n’était alors que candidat, a répondu à mon propre blog. Le problème est que ce qui a pu ressembler une réponse (que l’on peut lire en note du texte du 3 février 2007), n’était que la reproduction intégrale de la déclaration d’intention sur l’Europe figurant sur le site du candidat. Réponse calibrée, répétée certainement de nombreuses fois, alors que la question était de fait personnalisée !  

A médias individualisés, réponses spécifiques et flexibles. Le rapport direct devient un élément de première importance et le public, de l’autre côté du tube informatique, ne peut accepter qu’on s’adresse à chacun, comme les médias de masse s’adressent au public du 20H ! Erreur stratégique qui me fait considérer que le rapport politique, en France, reste encore très proche, malgré les radios interactives, malgré les panels télévisés, du sondage immédiat que du véritable dialogue. 

Or la question se pose vraiment. Qui peut intervenir en direct ? C’est une question que je suis bien obligé de me poser en raison du dialogue que je tente d’établir entre quelques personnalités politiques et culturelles et des jeunes Européens qui ont participé à des actions européennes les impliquant directement, ceci lors de la réunion du Puy-en-Velay qui se tiendra fin septembre en relation avec le XXe anniversaire du programme des itinéraires culturels.  

Qui inviter en effet ? Du côté des jeunes, je n’ai pas de problème. Mais les témoins ? C’est pourquoi j’ai été impressionné par le second aspect de la rencontre des jeunes à Sibiu.  Lors de la présentation des premières séquences montées, du film que j’évoquais, toute la délégation, je dis bien toute, a suscité un débat avec une cinquantaine d’élèves du Gymnasium Brukenthal. Ce débat a été aidé, en ce sens qu’il se déroulait en allemand, avec une classe qui bénéficie de l’aide de la « Schulmanagement weltweit » et qu’il était modéré par le Fachberater für Deutsch de Sibiu.  Mais tout en prenant appui sur cette germanité saxonne, identité qui était au centre du débat et sur laquelle je souhaiterais revenir, le questionnement est très vite devenu beaucoup plus général. Il s’agissait pour les élèves, nullement intimidés devant ces vieillards de la construction européenne – vieillesse toute relative comme je l’ai dit, mais parlons plutôt d’autres générations –  de se placer du côté du statut européen récent de leur pays : comment faire disparaître la corruption ? En quoi l’euro aide-t-il la construction européenne dans un pays où il vient de perdre de la valeur par rapport à la monnaie locale ? En quoi le Prix Charlemagne peut-il servir la construction européenne ? Est-ce que la possibilité de voyager et d’étudier à l’étranger va modifier les choses ?  

Je voudrais insister sur le fait que la question de la corruption, de celle de l’égalité des salaires, des équivalences scolaires, en un mot des risques et des rêves de l’intégration, qui sont revenues comme des leitmotivs, m’ont fait souvenir d’un débat équivalent à Saint-Jacques de Compostelle avec des jeunes Polonais, deux années avant l’entrée de leur pays dans l’Union Européenne.  Rien de neuf donc ; simplement l’impression qu’une classe politique, tous âges confondus, était devenue consciente d’une urgence de transmission. Enfin ?

Mais lorsque l’on parle de proximité, sans protection, sans gardes du corps, les politiques luxembourgeois, il faut bien le dire, sont certainement parmi les plus étonnants.

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