Mercredi 23 au dimanche 27 avril 2008, au temps des Califes II / la Route du Califat

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De l’Islam à la reconquête et au Baroque triomphant, Priego de Cordoba

En fait, il est rare que je donne des indications précises sur toutes ces routes avec lesquelles je travaille, laissant aux organisateurs de décrire et d’apporter des précisions. Je me place plutôt en périphérie, parfois en parallèle et je rends compte des moments de rencontre ; ceux qu’on m’organise, ceux que j’organise. Autrement dit, je n’est jamais la possibilité de prendre le vrai temps du parcours. Je veux dire très exactement que je n’ai pas le temps de suivre la route comme le ferait un visiteur ordinaire : on m’attend dans des endroits précis, à des moments précis, pour dire des paroles précises et effectuer un ensemble d’actes diplomatiques. 

J’attends, je l’ai dit, d’avoir la possibilité de m’offrir le luxe du temps juste. 

Mais pour une fois, mes hôtes ont compris que je voulais suivre deux des propositions les plus achevées sur le plan touristique, parmi toutes les initiatives ouvertes par Les Routes du legaçi andalousi.  

La journée de vendredi, outre la découverte des paysages de l’olivier, s’est ouverte sur la « Route du Califat ».  Soyons précis : « La Route du Califat relie deux des plus importantes capitales de l’histoire hispano-musulmane, Cordoue et Grenade, suivant, au gré de son parcours, d’anciennes frontières dans la province de Jaén. Deux villes étoiles, deux siècles d’or…La Route du Califat pénètre dans les vallées et les bassins fluviaux des sierras Subbétiques faisant ainsi confluer deux grandes dépressions géographiques – du Guadalquivir et de Grenade-, que dominent la Sierra Morena dans la province de Cordoue et la Sierra Nevada dans celle de Grenade. Les territoires que parcourt cet itinéraire formaient à l’époque ummayade trois provinces ou coras : Cordoue, Cabra et Ilbira. » 

J’ai déjà évoqué les paysages, qui sont comme des amoncellements de gris verdâtres, infiniment modulés le long de ces cordillères et de leurs contreforts, sans arriver vraiment à pouvoir traduire par des mots le sentiment maritime éprouvé devant ces grandes étendues, alignant des arbres d’éternité, à l’assaut de collines, ondulant au sens propre, et où les villes ont verrouillé et contrôlé des passages…. 

Baena : « Le toponyme Bayyana provient du nom d’un hispano-romain, propriétaire d’une maison de campagne, un certain Baius. Au VIIIe siècle, avec l’arrivée des musulmans, ce lieu se transforma en une active place militaire, administrative et religieuse. La vieille ville ou Almedina a conservé l’air oriental dont elle est fortement empreinte depuis ses débuts. »       

Cabra où le château fut une forteresse romaine puis musulmane…venant clore un cycle paléolithique d’occupations successives. Lucena, Aguilar de la Frontera, Montemayor, Montilla, Espero, Zuheros…Tout cela à découvrir ! 

Nous aurons passé un peu plus de temps à Priego de Cordoba, entre Cabra et Alcala la Real. L’historien Ibn-al-Khatib affirme qu’en 745 les soldats égyptiens qui arrivèrent s’installèrent sur ces hauteurs, y construisant une citadelle et une médina, Baguh l’arabe, la musulmane, devenant Priego.  

Comme beaucoup d’autres, cette ville reconquise n’a pu que rendre hommage au lacis frais de rues labyrinthiques et aux senteurs florales des maisons blanches enfermant les jardins et en donnant un avant goût par une mosaïque de jardinières. Et le baroque y a, là aussi installé un symbole puissant, redondant, tout en blancheur et en dorures, au temps de l’Islam vaincu, où Saint-Jacques survole les Maures à grands coups d’épée. Il y a de la grâce dans cette chaleur naissante qui n’atteint pas encore en avril les sommets africains que j’ai connus à Cordoue, il y a deux ans en juillet, mais commence à propulser les parfums hors des cours, doucement, avec une grande subtilité. Une grâce, loin de la population touristique de Cordoue ; sur un chemin où la vie s’est installée, entre les cornes du diable, en rendant un hommage successif à toutes les religions.  

A Alcala de Real, le 15 août, 12.000 flambeaux suivent la Vierge de Agosto…tandis  qu’à Baena, lors de la semaine sainte, la fête populaire, encore protégée par son quant à soi voit défiler dans un long roulement de tambours les confrérie des Juifs coliblancos et des Juifs colinegros.  

Et on entend, sans y songer les poèmes phrasés de Federico Garcia Lorca : « Impresiones y paisajes » :

« La lluvia arrecia y cae sobre el jardin produciendo ruido sordo y apagado…Unas hojas grandes se estremecen suavemente y entre ellas asoma su cabeza aplastada un gran lagarto…, que sale corriendo a esconderse entre unas piedras. Deja el rabo fuera y después se introduce del todo…Las hierbas que el peso del lagarto inclinó, vuelven perezosamente a ocupar su primitiva posición…Con el aire todas las flores amarillas tiemblan y se sacuden del agua que tienen entre sus pétalos…Hay caracoles pegados en los muros…El tiempo fue despiadado con este jardin ; secó sus rosales y cinamomos y en cambio dio vida a plantas traidoras y malolientes… »

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