Mercredi 23 au dimanche 27 avril 2008, au temps des Califes I / l’Olivier

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Il y avait trop longtemps que je n’étais pas retourné en Andalousie. Exactement depuis juillet dernier, pour la rencontre avec les spécialistes arabes du patrimoine. Moins d’un an, c’est assez toutefois pour éprouver de la nostalgie.

Je crois avoir écrit que je souhaitais aller assister à l’inauguration de l’ensemble des expositions sur l’Olivier en décembre dernier, mais que les devoirs pour le Conseil de l’Europe m’en ont empêché.  Alors je viens pour assister à la clôture. Et je vais en profiter pour lancer quelques projets et surtout pour mesurer exactement l’impact de deux des routes les plus proches de Grenade que la Fondation al-Andalus a mises en place il y a déjà plusieurs années en éditant une grande quantité de guides et de dépliants et en installant un  balisage de plus de sept cents panneaux :la Route du Califat et la Route de Washington Irving. 

J’atterris à Grenade dans la nuit. Mais chacun sait que la nuit n’est rien en Espagne, sinon un espace de déraison. Je prends une bouffée de l’agitation nocturne de la jeunesse en traversant le centre ville. C’est vrai que j’arrive exactement le soir de la Journée Mondiale du Livre et que l’on célèbre – le sait-on vraiment ? – la mort de Cervantès le 23 avril 1616. Les échoppes de livres et les orchestres sont là pour plusieurs jours. Autrement dit, je tombe bien ! Je me souviens d’un autre 23 avril à Barcelone en 1998. On y offrait des fleurs…aux dames. C’était la Sant Jordi et Jordi Pujol était encore au pouvoir en Catalogne. 

Si je dis que j’aime aussi cette ville de Grenade, on va penser que j’aime toute l’Europe. Mais qu’on y prenne garde, je ne le dis pas si souvent.  

Mes amis de la Fondation : Immaculada, Dori, Manolo et le fabuleux Jeronimo sont, comme toujours, entre plusieurs mondes. On va clore les quatre expositions « Tierras del Olivo », tandis que les travaux avancent au Parc des Sciences pour la mise en place des nouveaux locaux de la Fondation et du jardin d’al-Andalus et que des manuscrits précieux venus de Turquie sont en montre à l’Alcazar de Séville. 

Jeronimo, avocat de profession et avocat de la cause andalouse, autant auprès du Roi et de la Reine d’Espagne, qu’auprès des républiques et de nombreux royaumes et principautés arabes, poursuit méthodiquement depuis que je le connais – quatorze ans déjà – l’installation d’un espace de connaissance et de découverte qui prend le point de vue de l’Europe, depuis la terre andalouse, dans son passé, comme dans son présent, c’est à dire dans ce qu’elle hérite des siècles qui ont précédé la chute de Grenade et dans le dialogue aujourd’hui urgent des intellectuels des deux rives.  

Terre d’expérience tant pour les modes de vie adaptés du Moyen Orient et du Maghreb, que pour l’aménagement de l’espace qui en fait une terre de jardins, une terre d’oliveraies, mais aussi terre de transmission où la philosophie grecque s’est confrontée à la lecture du Coran et où la médecine a épousé l’astronomie et la botanique. 

Un point de vue inversé, contrepoint de celui de la Reconquête catholique des chemins de Saint-Jacques, mais un peu semblable à celui que les Tunisiens installés en Sicile pourraient me proposer. Nous avons le devoir de nous regarder tous, Européens, de ces regards focalisés depuis la Baltique, la grande Pusta hongroise, les Carpates, le Nord de l’Ecosse, avec l’astrolabe andalous pour boussole. 

Je vais contempler, un peu estomaqué, ces quatre étapes de l’Olivier : la moderne à Jaen sur les grands enjeux de la culture et de la production dans le monde, l’antique à Ubeda où les masques grecs côtoient les amphores et les embarcations et où le commerce entre l’Espagne et l’Italie accumule les débris de céramiques près de Rome, puis du Moyen-Âge à l’époque moderne à Baeza, dans l’extension d’un commerce dont les hommes vont d’abord faire un moment de fête, un creuset de gastronomie, un pont méditerranéen, comme le montrent les photographies de Baena qui côtoient les œuvres de Picasso.  

C’est à Baena que nous sommes accueillis dans l’hacienda d’un des plus remarquables producteurs d’huile d’olive en Europe, Nunez de Prado. Une hacienda où les deux frères ; l’agriculteurs et le diplomate, ceux de la septième génération, nous amèneront au travers des centaines d’hectares mesurer la réalité de la culture biologique, dans un paysage très différent de ceux que j’ai découverts en Gréce. Ici la mer des oliviers a figé ses vagues. Les fleurs et l’herbe poussent entre les rangées. Les poudroiements de l’Afrique rejoignent les horizons de Cordoue, comme ceux de la Sierra Nevada. 

Et le baroque clôt pour quelques siècles une Reconquête qui se fait surtout dans les têtes, en tenant pour refoulée, l’admiration d’une civilisation qui se lit au creux des murs, comme dans le paysage, les inscriptions coraniques sous-jacentes et le ciel étoilé. 

Mais je vais peut-être un peu trop vite…

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