

De nouveaux outils pour la lecture du paysage et le calme des Alyscamps
A chaque fois, c’est un grand saut dans le temps. Partir une semaine, c’est partir longtemps, surtout si les expériences s’accumulent les unes sur les autres. En l’occurrence je vais parler du vin et en entendre parler, puis des pèlerinages, traditionnels ou surprenants.
Au fond, si je devais donner un conseil à ceux qui sont en train de préparer la proposition sur un itinéraire du vin et des vignobles, c’est de savoir en parler en sortant du langage un peu ésotérique des sommeliers, repris avec plus ou moins de bonheur par les agents du marketing. Parler de vin ; c’est d’abord parler d’un territoire, de son histoire et du moment où le choix a été confirmé d’y établir des vignes. Pourquoi, comment, par qui ? A quelle époque et dans quel but ?
Je suis assez fasciné par les vignobles. Peut-être depuis que j’ai découvert les premières tapisseries bourguignonnes de Michel Tourlière. Auparavant, les treilles faisaient partie de l’illustration, parfois des bordures de la tapisserie classique, des beuveries des ateliers flamands ou parisiens, aux symboles de Lurçat. La mythologie revenait au galop et ensuite, la caractéristique de l’été finissant. Tout bouillait dans le grand chaudron des dieux et après le blé de Cérès, venait la vigne de Bacchus et le vin arrivait sur l’automne incertain, à l’approche de l’hiver, en montant un petit été de la Saint Martin.
Il faut bien écrire cet ancrage physique sur lequel une inscription rythmée s’est installée et évoquer le savoir faire subtil des essais, des cultures, des dosages, du mûrissement, de la barrique et de la joie profonde qui recouvre toute la cavité buccale. De l’histoire aux papilles.
Je ne suis certainement pas le premier à le dire, mais sans doute faut-il revenir à ce fondamental là ? Que dire dans l’absolu ? D’abord écrire, chaque chapitre avec le sentiment que ce qui se dit est vraiment un chapitre et que l’itinéraire est le livre, tout entier.
Je connais la Toscane, et surtout le Chianti. J’ai apprécié ce moment particulier du paysage en vérité lorsque l’homme qui l’a aménagé, comprend sur le regard du peintre que la griffure du cyprès à la limite des alignements de ceps est une construction et un choix. C’est l’homme et ce n’est plus lui. C’est ailleurs, hors limites du corps. Dans un halo, au-delà. Et la perspective prend naissance dans cette sorte de marqueterie paysagère qui implique que l’on décide où le regard se dirige dans le très lointain, alors que l’on traite la surface au plus près et que le modelé des collines, le grand peigne de l’alignement, les verts tels qu’ils devaient ceux avant de rougir ou de se mordorer, sont comme un sentiment d’une calligraphie subtile et décisive, ou d’un ciseau qui a mordu le métal ou entaillé l’argile.
Le paysage est là !
Que dit alors le peintre ? Il dit avec ses outils et, l’artifice de la représentation ne peut être qu’une équivalence, la couleur peine à creuser, comme le sillon de la charrue, le velouté des transparences comme les couches de végétation qui ondulent, l’éclat du paysage, comme l’entaille du gel dans le rocher.
Peinture – paysage. C’est un réponds.
Est-elle si différente, cette correspondance, de celle des voix qui se relancent de part et d’autre de la nef ? en prenant les voûtes comme une caisse de résonance ? Le peintre est un chanteur, une basse ou un soprano et le paysage lui répond en mineur, étouffé de brun ou en majeur, à l’éclat du soleil. Trait pour trait.
Mais de ce paysage spécifique du Gaillacois, il est peu question. Sans doute parce que les peintres sont remontés de Toscane vers les Alpes. D’autres se sont laissés prendre par la neige des Pyrénées. Beaucoup sont revenus à proximité de la mer. Ils ont donc laissé un peu de côté ce territoire où, sur de longs chemins qui serpentent, viennent s’accumuler au pied des montagnes, des pèlerins prêts à aller au-delà du mont. « Ultreïa ». Sans crainte et en chantant.
Pourtant chacun connaît ce territoire qui a accolé son nom à celui de la capitale régionale ou à ce Goya qui a laissé à Castres une angoisse des combats.
Alors si l’on raconte le paysage, on raconte aussi le transport ; cette situation d’entre-deux mers qui permet de regarder un autre rêve proche, l’apercevoir et partir à l’aventure, vers un continent rêvé. Les Anglais organisent le jour et leurs pèlerins qui ne sont pas les derniers à raconter les splendeurs du vignoble et la saveur intacte de ce qui en provient, au gré des hommes.
Pèlerins, tous ceux qui, étant rassemblée en Arles ou à Arles, comme semble le désirer le maire actuel et ses adjoints. Un rassemblement unique ; une volonté de regroupement, un sentiment de mise en commun, de compréhension. Je ne sais pas si j’ai bien fait, mais à la question posée, j’ai voulu répondre avec mes moyens, là où je sais retrouver quelques origines et quelques conséquences. Puisque l’on me demande l’hospitalité, son origine et son développement en Europe, j’ai parlé un peu à la première personne, un peu dans les mouvances de l’Institution. En route avec les pèlerins…Sans doute ne m’en voudront-ils pas de ma passion.
Je me retrouve dans un grand centre de vacances parcouru de vent, ce qui n’est qu’une habitude. Et encore est-il bien sage. Hors saison et hors chaleur, l’endroit est enchanteur. Quelques chevaux camarguais donnent le ton. Tous sont là pour partager.
Plus de trois mois après, j’examine le texte que j’avais préparé, brodé avec un peu de douleurs entre des étapes trop rapides. Je le relis pour le nourrir et l’améliorer. Je le publierai demain ou après demain. Le temps d’en être satisfait.
Je me retourne vers l’image de l’allée des Alyscamps. Les branches y sont un peu fantomatiques. Mais les troncs grêles sont bien ceux que Van Gogh a peints.
Rien de tel qu’une nécropole pour célébrer un adieu, et un peintre pour évoquer l’éternité du paysage.