Du vendredi 12 au dimanche 14 octobre 2007, Vercelli : troisième rendez-vous, où comment la religion peut émouvoir

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Je ne sais pas si le fait que l’archevêque de Vercelli rende une Action de Grâce au doyen de Canterbury doive être pris pour une conquête des itinéraires, ni que, côte à côte, les représentants de l’église catholique, venus du Piémont et du Val d’Aoste, du Puy-en-Velay, de l’Abbaye de Saint-Maurice en Suisse, du siège de l’Eglise anglicane mondiale et de l’église Orthodoxe de Turin participent ensemble aux Vêpres soit à mettre au crédit du dialogue inter-religieux que génère les itinéraires culturels, mais l’agnostique que je suis peut ne ressentir une certaine émotion. 

C’est vrai qu’au Puy-en-Velay il a été très difficile d’établir le dialogue entre le pouvoir local et l’église. On atteint six années d’opposition dure entre les deux parties, mais il ne s’agit pas simplement de la difficulté de gérer l’espace d’une ville mariale entre pèlerinage religieux et mouvement touristique. Tout le monde veut du tourisme et de ses retombées économiques. Il s’agit purement et simplement d’une opposition politique droite – gauche où l’église prend partie et utilise des arguments de l’ordre temporel qui me sont apparus, venant d’hommes intelligents, voire même versés dans la théologie, singulièrement simplistes. Mais la querelle est consommée, les parties irréconciliables dans le contexte pré-électoral et, après avoir traversé les histoires d’hommes d’une même génération – au sens large – c’est à dire d’une même culture politique ; le jeunisme ambiant s’en mêle et la droite met en avant un tout jeune homme, déjà ministre, pour argumenter cette liaison supposée avec l’église traditionnelle qui défendrait un pèlerinage d’abord religieux contre les méchants laïcs et prendre la tête de la ville. 

Etaient pourtant présents au Puy des représentants des églises réformées et orthodoxes et, de surcroît, il y a eu une cérémonie religieuse dans la cathédrale, suivie d’une brève réception à l’évêché. Mais l’ambiance n’était pas vraiment au dialogue. 

A Vercelli au contraire, j’ai vraiment été surpris. D’abord parce que ce débat là en Italie est pour l’heure vraiment apaisé. L’Association Européenne des Vie Francigene joue parfaitement son rôle de dialogue politique entre différentes composantes et laisse le champ aux expressions religieuses, s’entendant dans l’idée que si le point d’arrivée est bien le tombeau de Saint Pierre, le point de départ est celui d’une cathédrale anglicane où Thomas Beckett a fait longtemps l’objet d’un des plus grands pèlerinages d’Occident.

Le dialogue existe donc de fait, je crois l’avoir déjà dit il y a à peu près un an lorsque le kilomètre zéro de la Via Francigena a été inauguré. 

Mais il n’y avait pas que les cérémonies, pour symboliques qu’elles soient. Un court colloque – une matinée – a rassemblé plusieurs évêques, des hommes politiques, plus de droite que de gauche, mais l’éventail y était. Et finalement si les paroles du Vice-Président du Parlement européen Mario Mauro, membres de Forza Italia étaient bien d’ordre politique, en soulignant la nécessité de symboles forts pour l’Europe, elles rejoignaient sans contradiction celles de Massimo Tedeschi, membre du Centre Gauche et grand défenseur du programme des itinéraires culturels comme trait d’union entre les deux institutions européennes. 

Mais parmi toutes les interventions, celle de Rocco Buttiglione m’a le plus surpris. Je l’avais connu comme Ministre italien de la culture, ce qu’il a été jusqu’en avril 2006. Et je connaissais sa réputation de très proche de Jean-Paul II et grand pourfendeur des écarts que la sexualité contemporaine peut avoir vis à vis de la doctrine de la Foi, ce qui lui a valu d’être repoussé par le Parlement Européen lorsque Berlusconi a essayé de le faire nommer Commissaire à Bruxelles.  Mais le parcours de l’Europe pré-chrétienne qu’il a bâti en quelques minutes, en faisant détour par la Pologne, ce qui ne surprendra personne, avait le mérite de poser des bases européennes dans un contexte dédramatisé, en allant d’Abraham à Homère. 

Pour avoir discuté quelques instants avec lui au cours du déjeuner, j’ai découvert un homme ouvert à l’élargissement de l’Europe, plus ouvert en tout cas en ce qui concerne les Balkans, que beaucoup d’hommes politiques de sa génération. 

Mais de toutes les surprises, un fait m’a particulièrement frappé à la sortie de cette messe traditionnelle du dimanche prononcée en latin.  Tandis que les archevêques con-célébrants pénétraient dans le cloître pour rejoindre la sacristie, suivis des Chevaliers de Malte et de la Confraternité de Santiago de Pérouges, le processus de consultation pour la présidence du Parti Démocrate italien battait son plein avec grand succès et les urnes étaient réparties dans la galerie couverte du cloître en question. Ce nouveau parti qui relie le centre gauche et le centre droit et dont j’ai vu les heures de lancement quand j’étais en Sicile en juin, ce nouveau parti que les Italiens convaincus ont plébiscité avec espoir, était parfaitement bien accueilli et intégré à l’édifice religieux. 

Je n’ose imaginer que le sacre du Maire de Rome Valter Veltroni, ancien communiste, à la tête de ce nouveau parti avec plus de 70% puisse, suivre les mêmes pas en France, dans des lieux sacrés. 

Mais au fond que veut dire ce sentiment de religiosité dans toute la complexité que son analyse mérite ? 

Dans le parcours de ce XXe anniversaire, les Italiens nous donnent une belle leçon.

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