Mercredi 26 septembre 2007, Vilnius : j’aime bien les colloques…ou comment faire autrement ?

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J’aime bien les colloques où l’on reçoit un carnet de notes. Il est parfois banal : un « Oxford à petits carreaux ». Parfois il reproduit sur sa couverture un tableau du Greco et mes collaborateurs apprécient en s’en emparent. Mais à Vilnius, il faisait partie d’un ensemble ; une sorte de petit coffret dans lequel on pouvait lire tout aussi bien de petits opuscules présentant toutes les catégories de patrimoines lituaniens. Le programme, délicatement glissé dans une fente comportait mon nom. C’est vrai que j’ai donné une conférence comme keynote speaker ; c’est ainsi que l’on dit en français. 

J’aime beaucoup la Lituanie. On peut remonter en arrière dans ce blog, à peu près d’un an et demi et on saura pourquoi. 

Il y a bien sûr les habitudes. Bizarre comme une ville peut devenir familière au point que, année après années, quand on y revient, on a très vite l’impression d’y avoir toujours habité. C’est déjà le deuxième colloque auquel je participe dans le bâtiment de l’ancienne mairie. La dernière fois le jeune maire était mis de côté, régnant cependant dans les coulisses, bien qu’il fut à l’origine d’une rencontre des villes classées au patrimoine mondial à l’est de l’Europe. Quelque querelle sur de prétendues prévarications l’avaient écarté. Il est tout de même revenu pour reprendre la modernité de sa ville à bras le corps plusieurs années, pour le pire, sans vraiment se soucier du meilleur. Mais cette année, ce sont les électeurs qui l’ont mis de côté. 

C’est mon vingtième ( ?) voyage en Lituanie. Je sais donc jusqu’à quelle heure la petite supérette minimax qui est située à côté du Novotel du centre ville est ouverte et ce que je peux y trouver.  Je connais chaque pente, chaque maison, et je dirais presque chaque église ! Ici j’ai écouté un concert. Là, j’ai déjà parlé pour les journées européennes du patrimoine. Mais je n’avouerais pas tout sur les endroits qui me touchent plus encore. 

Cette ville m’invite à la promenade, sous le soleil, comme dans le froid glacial de l’hiver, entre les tas de neige ; en regardant les arbres s’épanouir ou la rivière se figer. 

Pourtant je ne voudrais pas avoir à refaire dans un avenir proche le voyage étrange d’un aller et retour d’une journée, en passant par Vienne, avec une courte nuit au milieu, un buffet avec orchestre de jazz, une intervention en anglais, des mains serrées, de amis de toutes les époques, un ministre, des conseillers…  Et un avion qui à l’aller doit retourner à Vienne pour se faire soigner et au retour part avec deux heures de retard en me faisant manquer la correspondance pour Luxembourg, me procurant ainsi un détour par Francfort. 

L’horreur de la fatigue, même en classe business, ce qui est exceptionnel pour moi, où l’attente se fait dans un salon qui me relie au monde par la wi-fi, ne constitue qu’une maigre consolation.  

Pourquoi y suis-je donc allé, à une journée du plus grand événement de toute l’histoire des itinéraires culturels ? Par amitié, certainement ! Peut-être aussi pour marquer, devant un ensemble de responsables de patrimoines des pays de la Mer Baltique, un territoire sur lequel se sont exprimées des tentations de détournement des itinéraires culturels, par une curieuse alliance des ennemis conjugués : la direction de l’Office du Tourisme du Gotland et le directeur norvégien dont le Conseil de l’Europe s’était doté pour plusieurs années, le tout avec l’aide des traîtres italiens de service au Secrétariat du Conseil de l’Europe. 

Je ne sais même pas si aujourd’hui je dois en rire ? C’était à la fois farce et tragique et je sens que je me laisse pourtant aller à une aigreur. La conjuration des imbéciles ne devrait pas m’offusquer. Mais il y en a eu tellement d’autres dans cette histoire de vingt années ! Du coup, à part la Lituanie, l’espace balte reste finalement plutôt vierge d’itinéraires culturels et ceux qui avaient longtemps fait une figure emblématique, sont moribonds : le réseau de la Hanse et les Vikings, par exemple, pour ne pas parler d’un thème qui aurait pu être merveilleux ; celui des « Lumières du Nord ».  

A force de proclamer le vide comme exemple, tout y est tombé ! 

J’écris cela en survolant les Alpes suisses et en amorçant une descente vers Milan. C’est donc encore plus comique d’y repenser, là où la neige semble avoir encore régressé. Les Alpes, comme image de l’Atlas africain. Préfiguration de l’avenir ? Il s’agit plutôt d’un tapis non pas chatoyant, mais mordoré, aux couleurs fusionnées, qui semble doux au contact. 

Le temps un fois de plus suspend son parcours. Le temps a avancé vers d’autres rencontres en Italie sur lesquelles j’écrirai certainement, avec un autre décalage temporel, en survolant peut-être les Pyrénées. 

Difficile, en effet, d’être témoin et acteur, celui qui écrit le discours, et celui qui le commente.   

Cela m’arrive pourtant, trop souvent. 

Mais je voudrais tant parcourir sans contrainte toutes les composantes de l’espace balte que je ne connais pas encore.  

Juste une fois entre viande de rêne et sols gelés. 

Et avec qui j’aime.

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