


Je continue à piller mes notes, mais comme les réunions se succèdent avec un rythme exigeant, alors, il m’est difficile d’en faire vraiment plus qu’un rattrapage du temps qui passe. Le mois d’écart semble se maintenir. Il ne se creuse pas ; c’est déjà cela.
C’est certainement dommage, mais c’est aussi le jeu qui s’impose à celui qui voit ou fait trop : il n’y a que les notes qui vaillent, en attendant le temps supposé de l’écriture travaillée. Un blog s’apparente souvent à un carnet d’impressions. Même écrites après un mois, ces lignes dégagent heureusement encore pour moi un parfum du présent.
Avant de rentrer au Luxembourg pour me prêter à la phase suivante anti-stress, j’ai profité d’une sorte de miracle de deux jours. Ce miracle qui est en effet présent à chaque fois que je peux m’éloigner pour quelques heures du rythme habituel d’un face à face diabolique avec l’ordinateur.
Le Puy-en-Velay, comme beaucoup d‘autres villes, a trouvé un moment festif et populaire en fêtant un passé imaginé ; celui de la Renaissance. Les Fêtes du Roi de l’Oiseau constituent un rendez-vous incontournable de l’automne naissant et un moyen d’éclairer le patrimoine d’une ville dont l’austérité est à la hauteur des pierre volcaniques qui l’habillent et des traditions mariales qui la parent d’un calme religieux.
Des élus, qui ont cherché à restaurer et ranimer le centre ville avec succès, doivent également chercher à lui donner, certains jours, des clefs de lecture qui en bousculent les perspectives. Se promener samedi soir dans les rues, lors d’une visite qui a pris un tour officiel avec la présence du Président de la Région Auvergne et des élus locaux, m’a cependant permis de traverser une ville fiévreuse qui avait conscience de se donner un spectacle à soi-même et de se parodier. Mais cette parodie n’avait rien de forcé ; elle constituait en quelque sorte une auto-proclamation de dynamisme.
Après de nombreuses années, en suscitant le travail de nombreuses association de la ville et de la communauté d’agglomération, qui, tour à tour, semblent installer leurs quartiers sur des places au goût différent, dans des anfractuosités de la ville, autrement « invisibles », une vie étrange s’insinue, qui finalement donne à lire quelque chose qui se situe entre le jeu de rôle et la visite insolite.
Je ne veux pas trop insister sur les aspects de parcours électoral de cette longue marche ponctuée de nombreuses verveines artisanales et de célébration des lentilles. Je ne retiendrai que le merveilleux pain du four banal de Saint-Privat d’Allier et la démonstration de teinture au pastel.
Il y a sans doute trop longtemps que je n’avais plus approché d’aussi près le pouvoir local en France – et avec sympathie en l’occurrence pour le futur combat d’une maire pleine de convictions européennes – pour m’étonner encore de la difficulté à prendre le thème européen comme un argument de citoyenneté. Ce qui se prépare dans quinze jours, témoigne de cette conviction partagée par la plus grande partie d’une équipe qui a compris, sans toujours l’intellectualiser, que le fait d’être situé sur une grande route européenne peut faire toucher concrètement la réalité d’un combat pour le dialogue.
Et, même une fête comme celle-ci, ou celle qui sera proposée dans quinze jour par « generik vapeur », y contribue, dans son mélange de kitch de bon aloi et de participation populaire qui fait que la connaissance par contamination devient aussi importante qu’un long discours sur l’avenir de notre continent. Dans un an, toutes les délégations des Fêtes de la Renaissance de villes européennes présentes au Puy, ont pensé partir ensemble sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle ! Un autre rendez-vous à suivre…
Mais chacun sait bien que le combat qui s’annonce entre une équipe socialiste et un jeune homme pressé, le plus jeune membre d’un gouvernement qui a fait de son image familiale un argument électoral, n’est pas gagné d’avance. Et même si les convictions européennes semblent partagées par tous, il n’est pas certain qu’on parle dans les deux camps de la même Europe. De surcroît, la bataille électorale en question ne se gagnera pas sur les tribunes du Conseil de l’Europe, ni même dans les coeurs de ceux qui croient en l’Europe par sentiment, mais dans l’aptitude à saisir les mutations d’une société française qui habille de respectablilité et de jeunesse les arguments les plus nationalistes quand ce ne sont pas des idées fascistes. Chacun avait encore dans l’oreille ce week-end les déclarations sur le projet de loi concernant le test ADN utilisé pour le regroupement familial des étrangers. Une porte ouverte à la catégorisation génétique des citoyens ? Le point de rupture d’une éthique librement et démocratiquement acceptée ? La fin d’une République de l’unité dans les différences ?
Qu’en disent les espagnols républicains, les enfants des mineurs polonais et tous les retraités des usines Renault qui ont peuplé les banlieues de Paris des rêves de confort des Français des années cinquante ?
Le Puy-en-Velay était donc en fête. Paris, où je me suis arrêté une journée, également.
Mais Paris n’est-il pas une fête permanente ? Tous au café, dans les pubs et devant l’Hôtel de Ville pour suivre un match de rugby dont l’inégalité frappante ravissait des supporters mortifiés quelques jours plus tôt par une défaite inattendue.
La rue pleine, la rue mouvante, le contact de la foule que les élus se doivent. Un sentiment de vie. Et aussi une forte nostalgie de constater que le piéton de Luxembourg qui aime tant les promenades le long de la Sûre, éprouve par fois comme une sorte de blessure, de ne pouvoir aussi facilement se promener le long de la Seine.
Allons ! Encore quelques mois…