Lundi 27 août, Wiltz, qui connaît Michel Rodange ?

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Le Luxembourg est un petit pays ! C’est vrai. Et on pourrait penser qu’au bout de dix années j’en ai fait le tour.  

Mais comment faire le tour d’un domaine dont on n’a pas la clef ? Je veux dire l’une des clefs essentielles : la langue.  

J’ai surfé sur cette question en affirmant : je suis trop vieux pour une langue si jeune qu’elle vient seulement de se doter d’une grammaire. Ou bien : je travaille avec des dizaines de pays européens qui ont pour la plupart une langue propre. J’essaie de faire un effort pour comprendre les langues majoritaires, parce qu’elles sont proches de la mienne ou que je les ai apprises à l’école…et je fais un effort pour en utiliser les mots courants, mais je ne sais pas exprimer ma propre pensée en dehors de ma langue natale ! Alors pourquoi ajouter une langue si régionale, quand j’ai déjà tant de difficultés à en parler une correctement ?

Bref, je sais fort bien que ce sont des excuses. Mais ces excuses m’ont fermé des portes ou m’ont voilé des échappées que j’aurais pu prendre pour me sentir une partie de ce tout où je vis en alternance d’Europe, depuis bientôt dix ans. 

Tandis que les jeunes parcourent les petits chemins et les voies romaines en compagnie de l’ânesse Juliette, j’ai fait un long périple, un peu tortueux, pour rejoindre Wiltz, la ville du genêt, du festival de théâtre, la ville qui se découpe sur un environnement naturel encore grandement préservé non loin de la Sûre…mais aussi la ville de Michel Rodange. 

Qui connaît Michel Rodange en effet ? Un auteur luxembourgeois, un grand auteur luxembourgeois qui a pris Renard, le roman du Moyen Âge et le long texte de Goethe et l’a transplanté dans les rues de son village, le long des chemins creux et dans les champs du Luxembourg.  

J’avais déjà rencontré les textes de l’auteur, à qui j’ai consacré quelques pages de notre nouveau site, mais je n’avais pas encore rencontré par contre celui qui en incarne la mémoire, en vit la langue en profondeur, et a organisé une époque de la culture du Luxembourg.  

Il se nomme Lex Roth et a fait un travail de fourmi pour retrouver le nom des rues et même, ce n’est pas anecdotique dans mes mots, a appris le luxembourgeois à une future Grande-Duchesse, qui était passée de Cuba à Genève, avant de trouver l’amour au Grand-Duché. 

Il y a à Wiltz un drôle de petit itinéraire culturel qui fait quelques centaines de mètres et qui rend un hommage sculpté aux textes et aux personnages de Rodange, et à ce rusé que beaucoup de langues ont adopté, parfois dans leurs expressions archaïques, parfois tout simplement dans une volonté de transmettre une vie de relations humaines sous le couvert des animaux sages ou fous. 

Je ne sais pas aujourd’hui si l’idée de créer, à partir de cet itinéraire, un centre de rencontre qui prendrait la fable en Europe pour espace de rencontre et prétexte de travail, peut voir le jour. 

Non, je ne sais pas… Je ne sais surtout pas s’il m’en reste le temps, professionnellement.  

Mais dans un pays où j’ai pu mesurer, souvent, que la langue est une protection, il m’aura fallu dix années pour découvrir quelqu’un qui aura fait de sa langue, qu’il défend avec vigueur, un lieu de partage.

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